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Psychanalyse et troubles bipolaires
A.I.T.B.
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maj 28 mai 2007

  La psychanalyse prétend apporter beaucoup à la compréhension générale des personnes ( psychologie), et être un outil de connaissance précieux et de traitement pour une certaine catégorie de troubles, les névroses. Par contre, son apport dans le traitement des psychoses est nul, reconnaissent ses maîtres à penser, Freud et Lacan. Mais la modestie n'est pas plus une maladie professionnelle chez les psychanalystes que chez les médecins. L'effet de bord des arguments des psychanalystes, comme critiques de la psychiatrie est, dans le traitement délicat des troubles bipolaires, au mieux une faute professionnelle ("Coquin qui donne plus qu'il n'a" Freud) et au pire criminel.  La culpabilisation des familles (la mère en particulier) accusées d'être à l'origine de tous les maux est  une autre mauvaise action des psychanalystes, qui coupe le malade de sa famille.

  La présente page n'est que la recension de  quelques notes de lecture sous la lumière cruelle - pour eux-mêmes surtout - de "patients" confrontés aux troubles bipolaires.

Voir aussi, sur le site AITB, la rubrique psychanalyse

Notes de lectures

  Freud et les psychoses. Freud "Her professor" de psychiatrie. (1902) puis construit la psychanalyse comme un complément de la psychiatrie (Charcot, étude des aphasies). Il reconnait les limites de la psychanalyse sur les idées délirantes et la mélancolie, par exemple. Distinction entre névrose et psychose pour expliquer cette incapacité d'analyse et de traitement..
  Lacan et les psychoses. Apport de Freud. Apport de Clérambault. Re-analyse du cas du président Schreber (paranoia). Ambitionne de traiter les psychoses, mais ne dit pas comment. Distinctions ultra-fines entre le signifié et le signifiant jusqu'à l'insignifiant et la logorhée, mais dans un langage clair et magnifique. Pour les traitements, finit par suivre la position de Freud. Lacan, Althusser, Freud et Mme Althusser.
  Pensée et pratique psycho-pathologique actuelle  Division entres écoles : Freud - Lacan - "Autres".  Sans oublier la psychologie clinique, les psychothérapies comportementalistes, etc..
  Apport de la psychanalyse aux psychiatres. Vision d'ensemble. Tony Anatrella et les processus de l'adolescent. La psychanalyse, un langage pour parler des processus psychologiques. Description utile et traitement (plus limité). Critique des psychiatres ordinaires. "Ils redressent une colonne vertébrale avec un marteau", "camisole chimique", "lit de Procuste", critiques de Foucault sur l'institution. La plainte du généraliste  : "J'ai 29 anti-dépresseurs dans mon Vidal, lequel dois-je choisir ?"
  Psychiatres et troubles bipolaires. Formation des psychiatres, les plus médiocres des internes et leur compétence sur les troubles bipolaires : un sur six disent les mauvaises langues médicales sont capables de faire un diagnostic. Tenir compte de l'âge.Henry Ey et la dépression bipolaire. Quasi-absence de recherche psychiatrique en France. Des médicaments très (trop ?) efficaces sans compréhension de l'étiologie sous-jacente. Formation des psychanalystes à la psychiatrie (epsilon sur deux).
  La plainte psychosomatique. Hydrothérapie. Acupuncture. Oméga3. Psychanalyse, etc...Le fétichisme du médicament..
  Faisons un rêve. La psychanalyse comme complèment de la psychiatrie. Les moments privilégiés de la formation complémentaire.
  Et les troubles bipolaires ?  Les grands absents de la psycho-pathologie.Karl Abraham et la "psychose périodique". Mélanie Klein et la maniaco-dépression chez l'enfant. Inintéressants pour la psychanalyse : quel est l'inconscient derrière l'alternance des cycles ?. Le chemin de croix des bipolaires, de psychiatre incapable (ou incompétent), en psychanaliste délirant. Racamier comme exemple d'explication psychanalytique délirante
  Retours d'expériences. Quelques exemples glanés sur les forums spécialisés.
  Une nécessaire modestie.
. 

Références (SGDG)

ABRAHAM(Karl).  (Etude de la psychose périodique). Oeuvres Complètes Payot

ALTHUSSER(Louis) Ecrits sur la psychanalyse. Stock 1993.
Le communisme sera : l'électrification+ les soviets (Lénine) + La pratique psychanalytique de masse  (Jacques Martin vers 1960)
p174 Citation pour la page d'exergues  des "petites incongruités portatives" de René Diatkine.
Freud et Lacan. (1964).

ANATRELLA (Tony) Interminables adolescences (1999)
Cerf.

BERNARD (Jean) De la biologie à l'éthique Buchet-Chastel 1990
La médecine du passé est inefficace et sacrée, protégée par les incantations des chamans, par le latin et la robe de Diafoirus. La médecine moderne est efficace et doit assumer sa responsabilité. Comme l'écrit Canguilhem "la médecine, puisqu'elle est désormais scientifiquement et techniquement armée, doit accepter de se voir radicalement  désacralisée"  p24
"Lorsque le physicien se désespère, le psychologue est plein d'assurance", écrivait ,dès 1902, Paul Valéry.Mais même lorsque le physicien ou plus exactement le neuro-biologiste reprend espoir, le psychologue reste plein d'assurance.. p147.
 Dans les services hospitaliers consacrés aux maladies graves  .. des relations étroites doivent être établies entre familles des malades et médecins responsables. J'ai..consacré chaque jour ma première heure d'hopital .. à ces entretiens avec les parents des mlades qui nous étaient confiés. L'opinion des parents est presque toujours généreuse, utile. Presque toujours, mais non pas toujours, l'opinion pouvant dépendre des intrigues de la comédie bourgeoise.
  "La pédiatrie serait facile s'il n'y avait pas les parents", cette remarque du professeur Robert Debré est assez souvent vérifiée. p240-241

EY (Henry). Traité de psychiatrie.

FREUD (sigmund)  Contribution à la conception des aphasies  (1891) Edition française PUF (1983)
Conclusion p150 et 155.
"Nous sommes partis de la découverte de Broca qui, pour la première fois, a relié une forme déterminée du trouble du langage, l'aphasie motrice (qu'il appelle aphémie) à la lésion d'une aire corticale déterminée."
"Lorsque Wernicke eut découvert la relation entre l'aire qui porte son nom et l'aphasie sensorielle, l'espoir a dû naître que l'on puisse comprendre cette multiplicité grâce aux seules circonstances de la localisation. Il nous semble maintenant que l'importance du facteur de localisation a été éxagérée et que nous ferions bien de nous occuper à nouveau des conditions fonctionnelles de l'appareil du langage."

FREUD (sigmund). Conférences d'introduction à la psychanalyse . (1917). Edition française Gallimard ,
16ème conférence. Psychanalyse et psychiatrie.p311-327 p321.
 analyse d'une idée délirante. "Chez quelles personnes se forment des idées délirantes et particulièrement des idées délirantes de jalousie ? C'est sur ce point que nous voulons maintenant écouter le psychiatre, mais c'est sur ce point qu'il nous laisse en plan. Au total, il ne consent qu'à un seul de nos questionnements. Il va explorer l'histoire familiale de cette femme et nous apporter peut-être la réponse : les idées délirantes surviennent chez les personnes dans les familles desquelles des perturbations psychiques semblables et autres sont survenues à plusieurs reprises. En d'autres termes, si cette femme a développé une idée délirante, c'est qu'elle y était disposée par transfert héréditaire.. Vous voulez savoir pourquoi la psychiatrie scientifique ne veut pas nous donner d'autres éclaircissements. Mais je vous réponds : Coquin qui donne plus que ce qu'il a. Il doit se contenter d'un diagnostic et d'un pronostic pour la suite, incertain malgré une expérience abondante.; [analyse psychiatrique de l'idée délirante] Je l'ai fait pour procéder à une comparaison entre la psychiatrie et la psychanalyse. Mais il est une question que je suis en droit de vous poser : avez-vous remarqué quoi que ce soit qui soit de l'ordre de la contradiction entre les deux ? La psychiatrie n'applique pas les méthodes techniques de la psychanalyse, elle omet de relier quelque chose au contenu de l'idée délirante, et en invoquant l'hérédité,elle nous donne une étiologie trés générale et très lointaine, au lieu de mettre au jour une causation plus spécifique et plus immédiate. Mais y-a-t-il là une contradiction, une opposition ? Ne s'agit-il pas plutôt d'un complément. .. Il n'y a rien dans l'essence du travail psychiatrique qui puisse regimber contre l'investigation psychanalytique. ce sont donc les psychiatres qui s'opposent à la psychanalyse pas la psychiatrie...
Mais peut-être qu'à présent la psychanalyse tant combattue a aussi parmi vous des amis qui verraient d'un bon oeil qu'elle put aussi se justifier par un autre biais, le biais thérapeutique. Vous savez que la thérapie psychiatrique qui est jusqu'ici la notre est incapable d'influencer les idées délirantes.La psychanalyse le pourrait-elle éventuellement grâce à l'intelligence qu'elle nous donne du mécanisme de ces symptômes ? Non messieurs, elle ne le peut pas; face à ces pathologies, elle est -au moins provisoirement - tout aussi impuissante que l'est n'importe quelle autre thérapie.. Nous avons le droit, voire le devoir, de pratiquer la recherche sans égard à un effet d'utilité immédiate. Au terme - nous ne savons pas où ni quand - chaque parcelle de savoir se transformera en savoir-faire, également en un savoir-faire thérapeutique  "
17ème conférence. Le sens des symptômes. p 329-348
27ème conférence . Le transfert. p 556-557
" Mais il y a d'autres formes de maladie dans lesquelles, en dépit de conditions identiques, notre procédure thérapeutique n'a jamais de succès. .. Et pourtant, nous ne parvenons pas à supprimer une résistance ou à éliminer un refoulement. Ces patients-là, paranoiaques, mélancoliques, patients atteints de dementia praecox, restent dans l'ensemble inentamés et cuirassés contre la thérapie psychanalytique. D'ou cela peut-il venir ? Pas du manque d'intelligence ..Nous ne pouvons pas déplorer l'absence d'aucune des autres forces motrices. Les mélancoliques ont par exmple dans une très large mesure la conscience d'être malades et d'endurer pour cette raison de si grandes souffrances, conscience qui fait défaut aux paranoiaques, mais ils n'en sont pas pour autant plus accessibles"

FREUD (sigmund) article "Névrose et psychose"

FREUD(sigmund) La perte de la réalité dans la névrose et la psychose" 1924 (Oeuvres Complètes -PUF - Vol XVII p 37-41)

KAHN (axel) Et l'homme dans tout ça  ? 2000 Nil Editions
" Selon cette conception (la biogénie de Henkel) , le développement embryonnaire (ontogénie) récapitule de manière accelérée la succession des modifications qui ont transformé les espèces au cours de l'évolution (phylogénie).
Largement fondée sur des données de morphologie embryonnaire arrangées pour confirmer la théorie, dans la plus pure tradition de l'idéologisation de la science, cette vision est aujourd'hui totalement abandonnée" p 140
"L'incommunicabilité entre les spécialistes de l'inconscient et ceux du cerveau  est demeurée totale pendant longtemps. Le rejet indigné , manifesté par de nombreux courants psychanalytiques , de l'origine organique de certains troubles psychiques a pu conduire à des positions aussi excessives que celles des tenants du déterminisme absolu des comportements. Cela s'est notamment manifesté avec Bettelheim et ses élèves, par la thése selon laquelle l'autisme infantile procéderait généralement d'un trouble de la relation de la mère à l'enfant. ... Il n'est pas sûr que d'avoir culpabilisé  durant des décennies des mères ayant déjà à vivre dans la douleur l'affection de leurs enfants ait été vraiment une bonne action" p 175
" Plaidoyer pour une synthése moderne :
 1). La principale caractéristique du cerveau humain comparée à celle des autres mammiféres est sa plasticité; celle-ci est génétiquement déterminée. .. En d'autres termes, le développement des capacités mentales et du psychisme humain est l'aboutissement de la rencontre entre un cerveau génétiquement impressionnable et la multitude des "impressions" dont sa plasticité lui permettra de garder les empreintes.
2). Puisque la plasticité cérébrale dépend d'un programme génétique, ses caractéristiques ou ses altérations peuvent en moduler ou en altérer la qualité. ... Il est probable que la micro-variabilité génétique de cette plasticité rende compte , pour partie, des différences de caractère, d'aptitude scolaire ou de dons diversdes membres d'une même fratrie élevés dans un environnement socio-culturel similaire. Cependant le déterminisme génétique de la plasticité est à l'évidence plurigénique et probablement combinatoire."
3). Il y a aujourd'hui consensus pour penser que le mécanisme de la plasticité cérébrale est cellulaire, liée aux immenses capacités de connexion entre les neurones et au réarrangement permanent de ceux-ci.  (facteurs de complexité) . Ce mode d'action du contrôle génétique sur le fonctionnement cérébral confirme que la notion de l'intervention prédominante d'un petit nombre de génes dans ces propriétés complexes est bien improbable, pratiquement non envisageable.
4). Le cerveau est en partie précablé .. de notre aptitude particulière au langage, voire, comme certains le proposent au sens moral. Cependant, l'extraordinaire augmentation de la plasticité des circuits neuronaux chez l'homme , comparée  à celle des autres mammiféres, lui donne la possibilité unique d'une réinterprétation, d'une réappropriation humaine de ses caractères et comportements innés, même de ceux qui correspondent à des cablages plus anciens [ Exemple de la sérotonine] L'animal possédant une sérotonine élevée dans le  cerveau a pour seul choix de  répondre par un comportement agressif envers ses congénères. En revanche , l'Homme est capable d'utiliser  cette propension  à la vivacité de réaction, à l'agressivité, de multiples manières.... Les génes humains , sélectionnés au cours de l'évolution, ont cette remarquable propriété de permettre à Homo Sapiens de déserrer l'étau  de ses déterminismes génétiques en le sensibilisant à l'influence du contexte , aux influences épigénétiques. Nos génes constituent la condition de notre responsabilité et de notre liberté.
5). L'extraordinaire complexité cérébrale rend bien improbable tout déterminisme étroit ou les réactions du système dépendraient précisement des paramètres qui le ontrôlent : la nature des stimulus, leur perception et leur traitement par des processus mentaux portant l'empreinte à la fois de l'inné et de l'acquis.... Indéterminabilité au sens des systèmes complexes.
  La notion selon laquelle les déterminismes génétiques et épigénétiques laissent subsister un espace d'indéterminabilité ne dit certes rien de la nature d'un choix qui serait l'expression d'une liberté réelle, mais elle en conserve la possibilité"p 186-194

KLEIN(Mélanie). Article "Contribution à la psychogénèse des étasts maniaco-dépressifs" 1934

LACAN (Jacques) Séminanire T3 (1955-1956). Les psychoses. Le Seuil. Collection Le champ freudien.
Introduction à la question des psychoses.  "La paranoia, pour la doctrine freudienne, a une situation privilégiée, celle d'un noeud, mais aussi d'un noyau résistant". " Freud trace une ligne de partage des eaux  entre paranoia d'un côté et  ..[ce]qui correspond exactement au champ des schizophrénies"." Il ne s'est pas mêlé beaucoup plus que cela de nosologie en matère de psychoses, mais sur ce point il est très net" .
  "Dans l'ordre des psychoses, Clérambault reste absolument indispensable". "La notion de l'automatisme mental est apparamment polarisée dans l'oeuvre et l'enseignement de Clérambault par le souci de démontrer le caractère essentiellement anidéique, comme il s'exprimait, des phénoménes qui se manifestent dans l'évolution de la psychose, ce qui veut dire non conforme à une suite des idées."

LACAN(Jacques) Ecrits.
Seuil p583
D'une question préliminaire à tout traitement possible de la psychose. "Dire ce que sur ce terrain nous pouvons faire serait prématuré, parce que ce serait aller maintenant "au-delà de Freud" et qu'il n'est pas question de dépasser Freud, quand la psychanalyse d'après Freud en est revenue, comme nous l'avons dit, à l'étape d'avant.
  Ou du moins, est-ce qui nous écarte de tout autre objet que de restaurer l'accès de l'expérience que Freud a découverte.
  Car user de la technique qu'il a instituée, hors de l'expérience à laquelle elle s'applique, est aussi stupide que d'ahaner à la rame quand le navire est sur le sable".

L’Enterrement de Freud, Professeur Raymond C. Tallis © The Lancet (1996)

« Burying Freud » Lancet, (1996, march 9) Vol. 347: 669-671.
http://human-nature.com/freud/tallis.html
Version française de éric COULOMBE et Jacques Bénesteau

Un siècle s’est écoulé depuis que Freud entama la publication des travaux qui établirent sa réputation de scientifique, guérisseur et sage, l’un des principaux penseurs du 20ème siècle et comme « l'imagination dominante de notre époque », selon l’expression du critique littéraire freudien Harold Bloom (cité par Webster, p3, réf1). Bien que sa position de scientifique clinicien et de biologiste de l'esprit ait toujours été précaire, parmi ceux capables de juger la compétence scientifique, ses admirateurs ne furent en aucun cas limités aux profanes. En 1938, les secrétaires de la Société Royale lui firent signer leur charte officielle, « joignant ainsi sa signature à celles de Newton et de Darwin » (réf1, p430). Malgré une critique hostile dès le début —parfois motivée par un anti-sémitisme manifeste ou caché— la réputation de Freud s’est tout simplement amplifiée. Il fut, et demeure, plus célèbre que ses critiques, souvent présentés comme de simples détracteurs. Et pourtant, sa renommée reste profondément mystérieuse.
Esterson (réf2) pense que « l’accession de la psychanalyse à sa position dominante au vingtième siècle sera probablement regardée comme une des plus extraordinaires aberrations de l’histoire de la pensée occidentale ». Medawar (réf3) a exprimé un jugement similaire: « L’opinion gagne du terrain que la psychanalyse doctrinaire est le plus formidable abus de confiance intellectuelle du XXème siècle ; et un produit terminal également, quelque chose d’apparenté à un dinosaure ou à un zeppelin dans l’histoire des idées, une vaste structure d’un modèle radicalement mal conçu et sans postérité ».
La vague semble aujourd’hui se retourner contre Freud, alors que l’évaluation détaillée, systématique et requise depuis longtemps, de sa contribution à notre compréhension de la psychobiologie et de l'organisation de l'esprit humain, de la place de la raison et de la passion dans les affaires humaines et de l'étiologie et du traitement des maladies mentales, a été finalement entreprise. Le verdict est constamment négatif: comme scientifique, métapsychologue et diagnostiqueur de la société, Freud demeure un charlatan. Cette opinion n'a pas perturbé outre mesure les vrais partisans. Les théories de Freud, c’est notoire, possèdent un kit de survie intégré: le désaccord est considéré comme un symptôme de la résistance qu'elles prévoient, et l’opposition devient ainsi une preuve qui les confirme. La psychanalyse jouit dès lors de la capacité extraordinaire à se débarrasser de toute critique concluante.
L'historien américain Paul Robinson (cité par Webster réf1), affirmait déjà en 1993 que les critiques de Freud «  ne lui causeraient aucun dégât durable »: « Au mieux, elles ont retardé le processus inévitable par lequel il fera sa place légitime dans l'histoire intellectuelle comme un penseur de la première importance. En effet, les plus récentes études universitaires sur Freud suggèrent que la vague anti-freudienne ait déjà commencé à passer ».
À l’évidence, quiconque voudrait une fois pour toutes se débarrasser de Freud, fait face à un défi assez spécial. Un livre récent a relevé ce défi : « Why Freud was wrong » de Richard Webster, est non seulement un puissant travail de synthèse, englobant l’immense recherche récente qui a décousu les légendes entrelacées de la soi-disant science freudienne et de l'Homme Freud, mais place également la psychanalyse dans un contexte plus large qui nous permet de comprendre l'étiologie (j'emploie le mot intentionnellement) de la pensée et de son influence. Le résultat est une critique définitive dont il semble peu probable que la réputation de Freud et de la fausse science qu'il a inventée s’en remettent jamais. Freud a voulu, par dessus tout, être reconnu comme scientifique et en a notoirement voulu aux critiques aimables, telles celle d’Havelock Ellis qui suggérait que la psychanalyse était plus un art qu’une science. Grünbaum (réf4) a examiné les procédés de Freud et montré combien ils s’éloignent des méthodes qui ont prouvé leur efficacité pour parvenir à des résultats fiables, généralisables et concrètement utiles.
Prenons la découverte du complexe d'Oedipe. Pour Freud, ce refoulé était la clef de toutes les névroses; et la pierre angulaire de la pensée psychanalytique. Il fut postulé sur la base de données acquises durant sa période d'auto-analyse. La donnée cruciale (notez l'utilisation du singulier) était son souvenir d'un long voyage en train avec sa mère, alors qu’il avait 2 ans, pendant lequel, selon les comptes-rendus différents qu’il en donne, il l’a soit peut-être vue nue ou l’a en réalité vue ainsi, à la suite de quoi il a développé un désir sexuel à son égard. Quelques semaines après le recouvrement de ce quasi-souvenir, il concluait que l'amour sexuel masculin envers la mère était un événement universel de la première enfance. Ce saut énorme fut par la suite confirmé, prétendait Freud, par des observations directes sur des enfants, particulièrement lors d'analyses. Les données, cependant, sont remarquablement absentes. D'un simple fragment de souvenir brumeux, il avait créé un véritable écran de fumée. Ses rares histoires de cas qu’il est possible d’évaluer sont infirmées, à l’évidence, par des errances de méthode. Esterson (réf2) montre comment, à maintes reprises, Freud emmêlait ses propres suppositions sur ce qui se passait dans l’inconscient de ses patients avec le compte-rendu ultérieur de leurs souvenirs et comment, à la longue, il en venait à représenter une version épousant la sienne. Il est dès lors peu surprenant que, tel un étudiant en première année de médecine ou un hypocondriaque établissant des diagnostics, Freud ait constaté que tout ce dont il se rappelait de ses consultations pouvait confirmer ses théories. Cette circularité, par laquelle la théorie créait des faits validant automatiquement la théorie, aurait dû être évidente à quiconque lisait ses publications, mais bien peu l'ont remarqué. Seuls ses disciples, qui ont été suffisamment fervents pour lire les premiers articles cliniques de Freud, et les livres dans lesquels il a présenté son travail à un public plus large, ont malhonnêtement suggéré plusieurs ’’preuves indépendantes’’ corroborant son travail. «Les applications de l'analyse», disait-il à ses disciples en toute inconscience, «deviennent toujours autant de confirmations» (citées dans réf2, p246). Pendant la psychanalyse, affirme Freud, « le médecin fournit toujours à son patient... les idées conscientes anticipées [Erwartungsvorstellungen] grâce auxquelles il se retrouve en position d’identifier et de saisir le matériel inconscient ». (Standard Edition 10:104, cité dans réf2)
Mais il est dans la nature de la psychanalyse que l'expérience analytique soit fortement influencée par les attentes subjectives du médecin qui fournit les idées espérées. Le malheur survient pour la personne en analyse si il (ou plus souvent, elle) ne coopère pas. Freud a décrit ses méthodes inquisitoriales brutales avec une sincérité extraordinaire: « Le travail [de la thérapie] en vient toujours à s’interrompre et ils maintiennent que, cette fois, rien ne leur est venu à l’esprit. Nous ne devons pas croire ce qu'ils disent, nous devons toujours assumer, et leur dire aussi qu'ils dissimulent encore quelque chose... Nous devons insister sur ce point, nous devons conserver la pression et nous montrer intraitables, pour qu'enfin on ne nous dise vraiment quelque chose... Il y a également des cas dans lesquels les patients tentent de renier [le souvenir] même après son retour. “Quelque chose m’est revenu maintenant, mais vous le mettez évidemment dans ma tête”... Dans tous ces cas, je reste résolument ferme. J’explique au patient que [ces distinctions] ne sont seulement que les formes de sa résistance et des prétextes qu’elle soulève contre la reproduction de ce souvenir particulier, que nous devons identifier en dépit de tout ça ». (réf5)
Il n’est pas surprenant que cette approche qui s’assimile au viol de l'esprit sous les formes d’un témoignage illusoire, ait conduit à des erreurs diagnostiques catastrophiques. Une petite fille, dont Freud avait traité les douleurs abdominales comme un cas d’hystérie «indiscutable», est morte d’un lymphome abdominal deux mois après qu'il l'ait affirmée guérie. Il s'est vigoureusement défendu, prétendant avoir traité d'une manière satisfaisante l'hystérie (qui, disait-il, “avait utilisé la tumeur comme cause provocante”). Tels furent les moyens par lesquels Freud a créé le corpus infime de ses données empiriques sur lesquelles il a érigé —telle une pyramide inversée— son énorme édifice théorique. Dans son étude novatrice, Thornton (6) a montré comment, au temps de ses découvertes fondamentales, Freud s'était éloigné de la science de son époque, à laquelle il avait été formé. Ses théories étaient de manière décisive influencées par la Naturphilosophie [allemande] —c’est particulièrement évident dans son Esquisse d’une psychologie scientifique réf7—, pseudo-scientifique et obsolète, par les folles notions numérologiques et les fantaisies mystiques de Wilhelm Fliess —que Freud a décrit tour à tour tel ’’un Kepler de la biologie’’ et comme son Messie, et de qui il a tiré l'idée de la sexualité infantile— et par sa propre cocaïnomanie. Il y a plusieurs raisons pour lesquelles il a fallu si longtemps avant de reconnaître enfin en Freud «un scientifique du culte de l’avion-cargo» —["a cargo cult scientist", pour reprendre l’expression de Feynman, réf8, et Note*—, qui était plus proche de L. Ron Hubbard que de Einstein. Sa maîtrise de la rhétorique de la science pour asseoir son ’’conte de fée scientifique’’ a été brillamment examinée par le critique littéraire Robert Wilcocks (réf9). Les racines fliessiennes de la pensée freudienne ont été longtemps supprimées par les gardiens du tombeau contrôlant les archives (réfs 10, 11). Le recyclage continuel d'une poignée de prétendus cas-types a créé l'illusion d'une base de données clinique énorme.
Ensuite, il y eut la réputation de Freud l'Homme. Freud, a constaté George Steiner, était « un narrateur doué et un créateur de mythes » (cité dans réf1, p7). La plus importante de ces légendes fut celle d’un chercheur de vérité, désintéressé, un homme d'une intégrité de granit, tout à fait incapable de fraude ou même d'aveuglement. Ce mythe n'a pas résisté à l’examen minutieux. La révélation par Thornton (réf6) du premier épisode concernant la cocaïne lui porta un coup fatal. Freud, en quête désespérée d’une gloire universitaire, avait prétendu avoir trouvé le remède contre l’assuétude à la morphine: lui substituer la cocaïne qui, affirmait-il, ne provoquait pas de dépendance. Il a laissé publier son article, alors même qu’il savait que son cas unique, un ami proche, était devenu un cocaïnomane désespéré. L’habitude de prétendre ses thérapies universellement applicables en se fondant sur des présentations tendancieuses de cas uniques venait d’être établie.
Webster (réf1) s’inspire du portrait, dressé par Thornton (réf6), de cet homme impitoyablement ambitieux, clinicien brutal, insensible et sans scrupules, tout à fait impénitent face à ses bévues diagnostiques épouvantables dont il était conscient, suprême manipulateur de ses amis et collègues, dans sa recherche continuelle de la promotion. Ce portrait convaincant, terrifiant et inoubliable, solidement bâti sur des preuves documentaires, est plutôt discordant avec celui des complices vivants et des hagiographies (notamment celle de l'obséquieux Ernest Jones réf2).
La pure extravagance des idées de Freud fut éclipsée par sa prose merveilleuse, qui leur a donné le vernis de la clarté, et une impression de fatalité. La plupart des illuminés écrivent mal. Mais ici la chimère s’est manifestée sous un angle inattendu: telle la vraie science, la théorie analytique était difficile, technique, inflexible et contraire au sens commun. Son travail semblait, à première vue, offrir également une libération —de la pruderie, de l'hypocrisie et de l’oppressante religion institutionnelle, dont le fondateur a donné une interprétation laïque qui la remettait à sa place en tant qu’expression déformée des désirs humains. Et, bien que sa vision de l'humanité ne l’ait pas seulement diminuée, mais également appauvrie, elle fut richement élaborée et merveilleusement exprimée. Freud avait une imagination débridée (alimentée par la cocaïne durant les années cruciales) et une merveilleuse capacité à connecter les extrémités les plus distantes de son monde intellectuel —pour relier, comme l'a dit Webster, «l'anatomie sexuelle des oiseaux préhistoriques à l'entêtement des enfants de 2 ans et l'évolution organique des crocodiles à la bassesse des aristocrates Viennois». Ainsi, notre représentation du travail de Freud, et notre perception de l'image de cet homme, ont peu à peu construit l’image d'un scientifique clinicien inébranlable qui a vu des choses qui échappèrent à tous les autres, et à l’idée qu’il eut le courage de parler des vérités inexprimables de l'humanité.
Ensuite, il y eut un attrait pour le mouvement qu'il avait fondé. Selon Gellner (réf13), les théories de Freud nous charmaient parce qu'elles semblaient issues de la médecine clinique objective, tout en répondant simultanément aux aspirations persistantes en faveur d'une ère laïque: « Freud n'a pas découvert l'inconscient, mais l’a doté d’un rituel et d’une église » — amalgamant ainsi le sarrau du psychiatre et la soutane. Son église fut « animée par un clergé très soigné qui promettait un nouveau genre de salut »(réf13) et fut incorporée dans un regroupement aux règles strictes. Le premier mouvement psychanalytique fut surtout une fraternité gnostique. Comme le déclare Strachey (cité par Malcolm réf14), les nouvelles recrues n'avaient besoin d’aucune autre qualification qu’une analyse avec Freud ou l’un de ses disciples approuvés —un procédé qui combinait le rituel de la confession avec l’imposition des mains.
Les gens commencent à réaliser le coût de la thérapie verbale que Freud a forgée et commercialisée. La critique selon laquelle la psychanalyse coûte cher et est inefficace a cédé la place à l’accusation plus grave qu'elle est souvent dangereuse et destructrice. Les psychanalystes ont fréquemment imité leur maître en attribuant à des causes psychologiques des maladies sérieuses qui ont des origines organiques, avec souvent des conséquences fatales. Même là où ils ne sont pas médicalement incompétents, leurs idées bizarres rendent souvent confus, et minent encore plus, des individus désespérément vulnérables.
Peu de psychanalystes sont aussi ouvertement psychopathes que Lacan, le disciple français le plus éminent de Freud (réfs 15, 16), mais plusieurs n’hésitent pas à manipuler les affections et la foi de leurs clients pour recourir, encore, à leurs lucratifs remèdes de charlatan. La capacité jadis unique de Freud de suggérer à ses patients les faits exacts qu'il exigeait pour soutenir et réaliser ses théories fantaisistes, renforcée par son aura de sagesse, est maintenant disséminée parmi des centaines de milliers de disciples qui ne sont peut-être pas des psychanalystes, mais qui ont tiré de ses théories la croyance en l’importance centrale de certains types de souvenirs refoulés et à leur accès privilégié par le thérapeute. L'étendue des dégâts est récemment devenue évidente aux Etats-Unis, où, selon Crews (réf5), on a estimé que 1.000.000 de familles, depuis 1988, ont été touchées par des accusations d’abus sexuel inspirées par des thérapeutes qui les auraient soi-disant découverts en réveillant des souvenirs refoulés. Il y a des ironies particulièrement amères ici. Pendant ce siècle, comme l’indique Webster (réf1), nombres de femmes ont souffert immensément de l’orthodoxie psychanalytique, qui interprétait les épisodes réels d'abus sexuel comme des fantaisies œdipiennes. Aujourd’hui, le thérapeute omniscient arrive à persuader des individus qu'ils ont subi un abus sexuel pour lequel ils n'ont aucun souvenir. Le travail spéculatif irresponsable des thérapeutes du soi-disant souvenir résurgent porte atteinte non seulement à ceux qui n'ont pas été sexuellement abusés, mais menace aussi de discréditer le témoignage de ceux qui l’ont vraiment été. L’annulation arrogante du témoignage des gens ordinaires est partagée à la fois par le thérapeute freudien —qui dénie le véritable abus sexuel—, et par le thérapeute du souvenir refoulé qui allègue un abus sexuel dont la victime ne se souvient pas.
Les fanatiques ne seront probablement pas impressionnés par les arguments montrant que la théorie du refoulement est à la fois inutile et incohérente. Quand les disciples de Freud parlent de l'inconscient, souvent ils invoquent simplement des choses dont nous avons conscience, mais dont nous ne prenons pas encore conscience de façon réfléchie. Conformément à leurs propres théories, ils ne doivent pas, bien sûr, fusionner ces éléments: l'inconscient est supposé composé d’éléments psychiques qui ont été activement refoulés, plutôt que d’avoir atteint la conscience. Mais cette notion centrale de répression active est incohérente. Comme l’indique Sartre (réf18), l'inconscient doit savoir ce qui doit être réprimé pour (activement) le réprimer; il doit aussi savoir qu’il s’agit de matériel honteux approprié pour la répression. Si, cependant, il connaît ces deux éléments, il est difficile de comprendre comment il peut éviter d’en être conscient. La seule façon de résoudre l’impasse serait de réduire la répression à une distraction, et cela saperait le principe freudien fondamental que la répression est active et ciblée, à la différence de la simple distraction. L’importance du livre de Webster tient non seulement dans sa revue de la littérature, primaire et secondaire, ni dans sa prose merveilleusement lucide et pleine d'esprit, mais dans la pénétration de sa compréhension de l'homme et de son influence. Webster est aussi un conteur brillant. Son compte-rendu des premiers jours du mouvement —les schismes entretenus dans l'irrationalité, et le caractère vindicatif des guerres confessionnelles, les amours qui s’abîment dans les haines, la paranoïa, l'usage impropre de jugement ‘‘clinique’’ pour discréditer les ennemis, l'utilisation d'insulte personnelle et la diabolisation à outrance pour marquer la dissension réfléchie —fascine tout à fait. Et il ne perd jamais de vue les thèmes fondamentaux: les fantaisies messianiques de Freud, son rêve perpétuel, comme il l’expose lui-même, « d'ouvrir tous les secrets avec une seule clef », son insécurité profonde, sa soif intense de reconnaissance et les fondements théologique et biogénétique de sa pensée.
L’étude de Richard Webster nous donne la culture d’un siècle où Sigmund Freud peut être situé, et un point de vue pour le saisir. Webster montre comment, malgré sa rhétorique biologique, Freud, imprégné d'un ascétisme judéo-chrétien puritain qui se débarrasse du corps, appartient résolument à une structure gnostique et manichéenne. Freud « ne sexualise pas tant le royaume de l'intellect qu’il intellectualise le royaume de la sexualité » — en le réduisant à des catégories abstraites et en séparant ainsi l'esprit propre du corps sale, puis élevant l'Homme au-dessus de la Nature, en favorisant l'abstraction sur l'incarnation. Webster suscite la controverse avec sa « tentative tragique et vouée à l’échec de reconstituer au plan intellectuel une identité des sens qui fut crucifiée au niveau du corps vivant et spontané » mais offre le début d'un cadre alternatif, darwinien, pour comprendre l'humanité. Il représente un défi merveilleux pour ceux, y compris moi-même, pour lesquels la pensée néo-darwinienne échoue de manière éclatante à rendre compte des caractéristiques distinctives de l'humanité (réf19)

Même quand on a démontré que la psychanalyse est définitivement mal conçue —comme traitement de base, comme théorie de la nature humaine, comme moyen de penser la société et le monde— il demeure difficile de se débarrasser du sentiment vague qu'elle devait avoir un genre de validité spéciale, ne fusse-ce que parce qu'elle a toujours été là, en nous, avec ses explications fourre-tout, depuis que la première est apparue à la conscience réfléchie. Après le livre de Richard Webster, nous voyons que, non seulement la psychanalyse est sans aucune valeur, mais que nous devons aussi nous réveiller et en sortir:

Why Freud was wrong —biographie à la fois capitale au plan intellectuel, et contribution de premier ordre à l'histoire spirituelle de notre époque— est libératrice.
En la fin du 20ème siècle, Richard Webster a soulevé l'incubateur que Freud avait placé, au commencement du siècle précédant, sur les esprits de tous ceux qui réfléchissent à leur propre, et humaine, nature.

 Références

  1. Webster, R. Why Freud was wrong: sin, science and psychoanalysis London: Harper Collins, 1995. [Trad. Fr. Webster, R. Le Freud Inconnu. Editions Exergues.]
  2. Esterson A. Seductive mirage: an exploration of the work of Sigmund Freud Chicago and La Salle, Illinois: Open Court Books, 1993: 254.
  3. Medawar PB. Victims of psychiatry. New York Review of Books1975; Jan 23: 17 [rep. in Peter MEDAWAR : Pluto's Republic (Oxford UP)]
  4. Grünbaum A. The foundations of psychoanalysis: a philosophical critique Berkeley: University of California Press, 1984. [Trad. Fr. Les Fondements de la Psychanalyse. Paris, Presses Universitaires de France (Édition française revue et augmentée par l’auteur).]
  5. STANDARD EDITION of the Complete Psychological Works of Sigmund Freud. London, The Hogarth Press. 1953-1974. Vol. 2: 279-80, quoted in Crews F. The revenge of the repressed The New York Review of Books, part I, Nov 17, 1994: 54-60; part II, Dec 1, 1994: 49-58.
  6. Thornton E M. 1895— Freud and cocaine: the Freudian fallacy. London: Blond and Briggs, 1983.
  7. FREUD (S) 1895 [publ. 1950] —Project for scientific psychology. in: Marie Bonaparte, Anna Freud, Ernst Kris. The origins of psychoanalysis. Translated by Mosbacher E, Strachey J. London. STANDARD EDITION of the Complete Psychological Works of Sigmund Freud. London, The Hogarth Press. 1953-1974 : Vol.1, pp. 281-397. FREUD (S) 1895—Entwurf einer Psychologie. Gesammelte Werke Nachtragsband: Texte aus den Jahren 1885-1938. Frankfurt: Fischer, 1987. pp.387-477. FREUD (S), Esquisse d’une psychologie scientifique. in S. Freud: La naissance de la psychanalyse. P.U.F. 1969: pp.307-396.
  8. Feynman R. Cargo cult science. [in: Surely you're joking Mr. Feynman! London: Unwin Paperbacks, 1985.]
  9. Wilcocks (Robert). Maelzel's chess player: Sigmund Freud and the rhetoric of deceit. Maryland: Rowman and Littlefield, 1994.
  10. Masson J. The assault on truth: Freud's suppression of the: seduction theory. New York: Viking-Penguin, 1985.
  11. Malcolm J. In the Freud archives. New York: Vintage Books, 1984.
  12. Jones E. Sigmund Freud: life and works, 3 vols. London: Hogarth Press, 1953-57. [Trad. Fr. JONES (Ernest) 1953-1957. La vie et l’œuvre de Sigmund Freud. Presses Universitaires de France. 1958 (vol. 1) 1961 (vol. 2) 1969 (vol. 3).]
  13. Gellner E. The psychoanalytic movement. London: Paladin, 1985. [Trad. Fr. GELLNER (E.) La Ruse de la déraison: le mouvement Psychanalytique. Presses Universitaires de France. 1990.]
  14. Malcolm J. Psychoanalysis: the impossible profession. London: Pan, 1982.
  15. Tallis R The strange case of Jacques L PNRev 1987; 14: 23- 26
  16. Roudinesco E. Jacques Lacan, Esquisse d'une vie, histoire d'un système de pensée. Paris: Fayard, 1993.
  17. Chapman A H, Chapman-Santana M. Is it possible to have an unconscious thought? Lancet 1994; 344: 1752- 53.
  18. Sartre J-P. Doing and having: existential psychoanalysis In: Being and nothingness, translated by Barnes H. London: Methuen, 1957: 557-75
  19. Tallis R. The explicit animal London: Macmillan, 1991. 

Raymond C Tallis (FRCP) Department of Geriatric Medicine, Hope Hospital, Salford M6 8HD, UK

C.MEYER (editeur) Livre noir de la psychanalyse Les Arénes Septembre 2005 (831 pages)

Sous-titré "Vivre, penser et aller mieux sans FREUD", ce monumental ouvrage de 831 pages bien tassées commence par  les contributions des "Freud scholars" anglo-saxons, démythificateurs de la statue du maître, mais va beaucoup plus loin :

-1 La face cachée de l'histoire freudienne

-2 Pourquoi la psychanalyse a-t-elle eu un tel succès

-3 La psychanalyse et ses impasses

-4 Les victimes de la psychanalyse

- 5 Il y a une vie après Freud

Une oeuvre de salubrité publique

 Une analyse du livre noir et le forum subséquent.

Le corps et l'esprit, Jean ZIN

http://perso.orange.fr/marxiens/psy/corps.htm

La drogue a posé, de tout temps, la question du rapport du corps et de l’esprit, bien avant les antidépresseurs actuels. La nouveauté n’est que dans la prise en compte effective des rapports de la chimie et de l’esprit, savoir resté longtemps ignoré du discours scientifique et renvoyé à la sorcellerie. Plus notre connaissance du cerveau s’affine, plus le fonctionnement des drogues devient lisible, permettant de mieux évaluer leur effet sur le discours, la volonté et la représentation. Car il y a un effet de la chimie sur le discours, de l’état du corps, de sa fièvre. Dès lors prétendre que "tout est langage" devient un énoncé mystique, livré à un texte divin dont nous ne sommes que la lecture. C’est pourtant l’idéologie la plus sûrement ancrée chez les psychanalystes lacaniens et ceci, depuis longtemps et malgré les protestations de Lacan lui-même. Si cette idéologie persiste, c’est qu’elle est le fruit de la pratique analytique elle-même où tout, effectivement, devient signifiant puisque c’est le discours comme tel qui est l’objet de l’attention. Mais nous devons repérer et séparer les domaines du corps et de l’esprit dont l’unité n’est pas d’harmonie naturelle. Toute erreur d’attribution du symptôme produit une confusion du sens qui fait obstacle au discours. Que tout symptôme, même le plus corporel, doive absolument être nommé par le discours et qu’on doit en répondre, n’implique nullement que la causalité de tous les symptômes soit la pensée magique. Les pratiques les plus funestes se justifient toujours par d’excellents principes dont la moralité sert d’excuse et de dénégation des conséquences les plus terribles. Ainsi de cette prétention de tout réduire au langage, à la prétendue vérité du sujet sans tenir compte des humeurs du corps, qui mènent par leur confusion à normaliser en fait le discours, appel au sacrifice et à la culpabilité, alors qu’il s’agit de normaliser le corps et de libérer le discours. Tout n’est pas langage mais tout énoncé oublie son énonciation et la trahie en même temps.