FREUD
(sigmund) Contribution à la
conception des aphasies (1891) Edition
française PUF (1983)
Conclusion p150 et 155.
"Nous sommes partis de la découverte de Broca qui, pour la
première
fois, a relié une forme déterminée du
trouble du langage, l'aphasie
motrice (qu'il appelle aphémie) à la
lésion d'une aire corticale
déterminée."
"Lorsque Wernicke eut découvert la relation entre l'aire qui
porte son
nom et l'aphasie sensorielle, l'espoir a dû naître
que l'on puisse
comprendre cette multiplicité grâce aux seules
circonstances de la
localisation. Il nous semble maintenant que l'importance du facteur de
localisation a été
éxagérée et que nous ferions bien de
nous occuper à
nouveau des conditions fonctionnelles de l'appareil du langage."
FREUD (sigmund).
Conférences
d'introduction à la psychanalyse . (1917).
Edition française Gallimard ,
16ème
conférence. Psychanalyse et
psychiatrie.p311-327 p321.
analyse d'une idée délirante. "Chez
quelles personnes se forment
des idées délirantes et
particulièrement des idées délirantes
de
jalousie ? C'est sur ce point que nous voulons maintenant
écouter le
psychiatre, mais c'est sur ce point qu'il nous laisse en plan. Au
total, il ne consent qu'à un seul de nos questionnements. Il
va
explorer l'histoire familiale de cette femme et nous apporter
peut-être
la réponse : les idées délirantes
surviennent chez les personnes dans
les familles desquelles des perturbations psychiques semblables et
autres sont survenues à plusieurs reprises. En d'autres
termes, si
cette femme a développé une idée
délirante, c'est qu'elle y était
disposée par transfert héréditaire..
Vous voulez savoir pourquoi la
psychiatrie scientifique ne veut pas nous donner d'autres
éclaircissements. Mais je vous réponds : Coquin
qui donne plus que ce
qu'il a. Il doit se contenter d'un diagnostic et d'un pronostic pour la
suite, incertain malgré une expérience
abondante.; [analyse
psychiatrique de l'idée délirante] Je l'ai fait
pour procéder à une
comparaison entre la psychiatrie et la psychanalyse. Mais il est une
question que je suis en droit de vous poser : avez-vous
remarqué quoi
que ce soit qui soit de l'ordre de la contradiction entre les deux ? La
psychiatrie n'applique pas les méthodes techniques de la
psychanalyse,
elle omet de relier quelque chose au contenu de l'idée
délirante, et en
invoquant l'hérédité,elle nous donne
une étiologie trés générale
et
très lointaine, au lieu de mettre au jour une causation plus
spécifique
et plus immédiate. Mais y-a-t-il là une
contradiction, une opposition ?
Ne s'agit-il pas plutôt d'un complément. .. Il n'y
a rien dans
l'essence du travail psychiatrique qui puisse regimber contre
l'investigation psychanalytique. ce sont donc les psychiatres qui
s'opposent à la psychanalyse pas la psychiatrie...
Mais peut-être qu'à présent la
psychanalyse tant combattue a aussi
parmi vous des amis qui verraient d'un bon oeil qu'elle put aussi se
justifier par un autre biais, le biais thérapeutique. Vous
savez que la
thérapie psychiatrique qui est jusqu'ici la notre est
incapable
d'influencer les idées délirantes.La psychanalyse
le pourrait-elle
éventuellement grâce à l'intelligence
qu'elle nous donne du mécanisme
de ces symptômes ? Non messieurs, elle ne le peut pas; face
à ces
pathologies, elle est -au moins provisoirement - tout aussi impuissante
que l'est n'importe quelle autre thérapie.. Nous avons le
droit, voire
le devoir, de pratiquer la recherche sans égard à
un effet d'utilité
immédiate. Au terme - nous ne savons pas où ni
quand - chaque parcelle
de savoir se transformera en savoir-faire, également en un
savoir-faire
thérapeutique "
17ème
conférence. Le sens des
symptômes. p 329-348
27ème
conférence . Le transfert.
p 556-557
" Mais il y a d'autres formes de maladie dans lesquelles, en
dépit de
conditions identiques, notre procédure
thérapeutique n'a jamais de
succès. .. Et pourtant, nous ne parvenons pas à
supprimer une
résistance ou à éliminer un
refoulement. Ces patients-là, paranoiaques,
mélancoliques, patients atteints de dementia praecox,
restent dans
l'ensemble inentamés et cuirassés contre la
thérapie psychanalytique.
D'ou cela peut-il venir ? Pas du manque d'intelligence ..Nous ne
pouvons pas déplorer l'absence d'aucune des autres forces
motrices. Les
mélancoliques ont par exmple dans une très large
mesure la conscience
d'être malades et d'endurer pour cette raison de si grandes
souffrances, conscience qui fait défaut aux paranoiaques,
mais ils n'en
sont pas pour autant plus accessibles"
FREUD (sigmund) article
"Névrose et
psychose"
FREUD(sigmund) La perte de la réalité dans la
névrose et la psychose"
1924 (Oeuvres Complètes -PUF - Vol XVII p 37-41)
KAHN (axel) Et l'homme dans tout ça ? 2000 Nil
Editions
"
Selon cette conception (la biogénie de
Henkel) , le
développement embryonnaire (ontogénie)
récapitule de manière
accelérée
la succession des modifications qui ont transformé les
espèces au cours
de l'évolution (phylogénie).
Largement fondée sur des données de morphologie
embryonnaire arrangées
pour confirmer la théorie, dans la plus pure tradition de
l'idéologisation de la science, cette vision est aujourd'hui
totalement
abandonnée" p 140
"
L'incommunicabilité entre les spécialistes de
l'inconscient et ceux du
cerveau est demeurée totale pendant longtemps. Le
rejet indigné ,
manifesté par de nombreux courants psychanalytiques , de
l'origine
organique de certains troubles psychiques a pu conduire à
des positions
aussi excessives que celles des tenants du déterminisme
absolu des
comportements. Cela s'est notamment manifesté avec
Bettelheim et ses
élèves, par la thése selon laquelle
l'autisme infantile procéderait
généralement d'un trouble de la relation de la
mère à l'enfant. ... Il
n'est pas sûr que d'avoir culpabilisé
durant des décennies des
mères ayant déjà à vivre
dans la douleur l'affection de leurs enfants
ait été vraiment une bonne action" p 175
"
Plaidoyer pour une synthése moderne :
1). La principale caractéristique du cerveau
humain comparée à
celle des autres mammiféres est sa plasticité;
celle-ci est
génétiquement déterminée.
.. En d'autres termes, le développement des
capacités mentales et du psychisme humain est
l'aboutissement de la
rencontre entre un cerveau génétiquement
impressionnable et la
multitude des "impressions" dont sa plasticité lui permettra
de garder
les empreintes.
2). Puisque la plasticité cérébrale
dépend d'un programme génétique,
ses caractéristiques ou ses altérations peuvent
en moduler ou en
altérer la qualité. ... Il est probable que la
micro-variabilité
génétique de cette plasticité rende
compte , pour partie, des
différences de caractère, d'aptitude scolaire ou
de dons diversdes
membres d'une même fratrie élevés dans
un environnement socio-culturel
similaire. Cependant le déterminisme
génétique de la plasticité est
à
l'évidence plurigénique et probablement
combinatoire."
3). Il y a aujourd'hui consensus pour penser que le
mécanisme de la
plasticité cérébrale est cellulaire,
liée aux immenses capacités de
connexion entre les neurones et au réarrangement permanent
de
ceux-ci. (facteurs de complexité) . Ce mode
d'action du contrôle
génétique sur le fonctionnement
cérébral confirme que la notion de
l'intervention prédominante d'un petit nombre de
génes dans ces
propriétés complexes est bien improbable,
pratiquement non envisageable.
4). Le cerveau est en partie précablé .. de notre
aptitude particulière
au langage, voire, comme certains le proposent au sens moral.
Cependant, l'extraordinaire augmentation de la plasticité
des circuits
neuronaux chez l'homme , comparée à
celle des autres mammiféres,
lui donne la possibilité unique d'une
réinterprétation, d'une
réappropriation humaine de ses caractères et
comportements innés, même
de ceux qui correspondent à des cablages plus anciens [
Exemple de la
sérotonine] L'animal possédant une
sérotonine élevée dans le
cerveau a pour seul choix de répondre par un
comportement
agressif envers ses congénères. En revanche ,
l'Homme est capable
d'utiliser cette propension à la
vivacité de réaction, à
l'agressivité, de multiples manières.... Les
génes humains ,
sélectionnés au cours de l'évolution,
ont cette remarquable propriété
de permettre à Homo Sapiens de déserrer
l'étau de ses
déterminismes génétiques en le
sensibilisant à l'influence du contexte
, aux influences épigénétiques. Nos
génes constituent la condition de
notre responsabilité et de notre liberté.
5). L'extraordinaire complexité
cérébrale rend bien improbable tout
déterminisme étroit ou les réactions
du système dépendraient
précisement des paramètres qui le
ontrôlent : la nature des stimulus,
leur perception et leur traitement par des processus mentaux portant
l'empreinte à la fois de l'inné et de
l'acquis.... Indéterminabilité au
sens des systèmes complexes.
La notion selon laquelle les déterminismes
génétiques et
épigénétiques laissent subsister un
espace d'indéterminabilité ne dit
certes rien de la nature d'un choix qui serait l'expression d'une
liberté réelle, mais elle en conserve la
possibilité"p 186-194
KLEIN(Mélanie). Article "Contribution à la
psychogénèse des étasts
maniaco-dépressifs" 1934
LACAN
(Jacques) Séminanire T3
(1955-1956). Les psychoses. Le Seuil.
Collection Le champ freudien.
Introduction à
la question des
psychoses. "L
a paranoia, pour la doctrine
freudienne, a
une situation privilégiée, celle d'un noeud, mais
aussi d'un noyau
résistant". "
Freud trace une ligne de partage des
eaux entre
paranoia d'un côté et ..[ce]qui
correspond exactement au champ
des schizophrénies"." Il ne s'est pas
mêlé beaucoup plus que cela de
nosologie en matère de psychoses, mais sur ce point il est
très net" .
"
Dans l'ordre des psychoses, Clérambault reste
absolument
indispensable". "
La notion de l'automatisme mental est apparamment
polarisée dans l'oeuvre et l'enseignement de
Clérambault par le souci
de démontrer le caractère essentiellement
anidéique, comme il
s'exprimait, des phénoménes qui se manifestent
dans l'évolution de la
psychose, ce qui veut dire non conforme à une suite des
idées."
LACAN(Jacques) Ecrits. Seuil p583
D'une question
préliminaire à tout
traitement possible de la psychose. "
Dire ce que sur ce
terrain
nous pouvons faire serait prématuré, parce que ce
serait aller
maintenant "au-delà de Freud" et qu'il n'est pas question de
dépasser
Freud, quand la psychanalyse d'après Freud en est revenue,
comme nous
l'avons dit, à l'étape d'avant.
Ou du moins, est-ce qui nous écarte de tout autre
objet que de
restaurer l'accès de l'expérience que Freud a
découverte.
Car user de la technique qu'il a instituée, hors
de l'expérience
à laquelle elle s'applique, est aussi stupide que d'ahaner
à la rame
quand le navire est sur le sable".
L’Enterrement
de Freud, Professeur
Raymond C.
Tallis ©
The Lancet (1996)
« Burying
Freud » Lancet,
(1996, march 9) Vol. 347: 669-671.
http://human-nature.com/freud/tallis.html
Version française de éric
COULOMBE et Jacques Bénesteau
Un
siècle s’est écoulé depuis
que Freud
entama la publication des travaux qui établirent sa
réputation de scientifique,
guérisseur et sage, l’un des principaux penseurs
du 20ème siècle et comme
« l'imagination dominante de notre
époque », selon l’expression du
critique littéraire freudien Harold Bloom (cité
par Webster, p3, réf1). Bien
que sa position de scientifique clinicien et de biologiste de l'esprit
ait
toujours été précaire, parmi ceux
capables de juger la compétence scientifique,
ses admirateurs ne furent en aucun cas limités aux profanes.
En 1938, les
secrétaires de la Société Royale lui
firent signer leur charte officielle,
« joignant ainsi sa signature à celles de
Newton et de Darwin » (réf1,
p430). Malgré une critique hostile dès le
début —parfois motivée par un
anti-sémitisme manifeste ou caché— la
réputation de Freud s’est tout simplement
amplifiée. Il fut, et demeure, plus
célèbre que ses critiques, souvent
présentés comme de simples
détracteurs. Et pourtant, sa renommée reste
profondément mystérieuse.
Esterson (réf2) pense que
« l’accession de la psychanalyse
à
sa position dominante au vingtième siècle sera
probablement regardée comme une
des plus extraordinaires aberrations de l’histoire de la
pensée
occidentale ».
Medawar (réf3) a exprimé un jugement similaire:
« L’opinion
gagne du terrain que la
psychanalyse doctrinaire est le plus formidable abus de confiance
intellectuelle du XXème
siècle ; et un produit terminal
également, quelque chose d’apparenté
à un dinosaure ou à un zeppelin dans
l’histoire des idées, une vaste structure
d’un modèle radicalement mal conçu et
sans postérité ».
La
vague semble aujourd’hui se retourner
contre Freud, alors que l’évaluation
détaillée, systématique et requise
depuis
longtemps, de sa contribution à notre
compréhension de la psychobiologie et de
l'organisation de l'esprit humain, de la place de la raison et de la
passion
dans les affaires humaines et de l'étiologie et du
traitement des maladies
mentales, a été finalement entreprise. Le
verdict est constamment négatif:
comme scientifique, métapsychologue et diagnostiqueur de la
société, Freud
demeure un charlatan. Cette opinion n'a pas
perturbé outre mesure les vrais
partisans. Les théories de Freud, c’est notoire,
possèdent un kit de survie
intégré: le désaccord est
considéré comme un symptôme de la
résistance
qu'elles prévoient, et l’opposition devient ainsi
une preuve qui les confirme.
La psychanalyse jouit dès lors de la capacité
extraordinaire à se débarrasser de
toute critique concluante.
L'historien
américain Paul Robinson (cité par Webster
réf1),
affirmait déjà en 1993 que les critiques de Freud
« ne lui causeraient
aucun dégât durable »:
« Au mieux, elles ont retardé le
processus
inévitable par lequel il fera sa place légitime
dans l'histoire intellectuelle
comme un penseur de la première importance. En effet, les
plus récentes études
universitaires sur Freud suggèrent que la vague
anti-freudienne ait déjà
commencé à passer ».
À
l’évidence, quiconque voudrait une fois
pour toutes se débarrasser de Freud, fait face à
un défi assez spécial. Un
livre récent a relevé ce
défi : « Why Freud was wrong
» de Richard
Webster, est non seulement un puissant travail de synthèse,
englobant l’immense
recherche récente qui a décousu les
légendes entrelacées de la soi-disant
science freudienne et de l'Homme Freud, mais place également
la psychanalyse
dans un contexte plus large qui nous permet de comprendre l'étiologie
(j'emploie le mot intentionnellement) de la pensée et de son
influence. Le
résultat est une critique définitive dont il
semble peu probable que la
réputation de Freud et de la fausse science qu'il a
inventée s’en remettent
jamais. Freud a voulu, par dessus tout, être reconnu comme
scientifique et en a
notoirement voulu aux critiques aimables, telles celle
d’Havelock Ellis qui
suggérait que la psychanalyse était plus un art
qu’une science. Grünbaum (réf4)
a examiné les procédés de Freud et
montré combien ils s’éloignent des
méthodes
qui ont prouvé leur efficacité pour parvenir
à des résultats fiables,
généralisables et concrètement utiles.
Prenons
la découverte du complexe d'Oedipe. Pour Freud, ce
refoulé était la clef de toutes les
névroses; et la pierre angulaire de la
pensée psychanalytique. Il fut postulé sur la
base de données acquises durant
sa période d'auto-analyse. La
donnée cruciale (notez l'utilisation du
singulier) était son souvenir d'un long voyage en train avec
sa mère, alors
qu’il avait 2 ans, pendant lequel, selon les comptes-rendus
différents qu’il en
donne, il l’a soit peut-être
vue nue ou l’a en réalité vue ainsi,
à la
suite de quoi il a développé un désir
sexuel à son égard. Quelques semaines
après le recouvrement de ce quasi-souvenir, il concluait que
l'amour sexuel
masculin envers la mère était un
événement universel de la première
enfance. Ce
saut énorme fut par la suite confirmé,
prétendait Freud, par des observations
directes sur des enfants, particulièrement lors d'analyses.
Les données,
cependant, sont remarquablement absentes. D'un simple fragment de
souvenir
brumeux, il avait créé un véritable
écran de fumée. Ses rares histoires de cas
qu’il est possible d’évaluer sont
infirmées, à l’évidence, par
des errances de
méthode. Esterson (réf2) montre comment,
à maintes reprises, Freud emmêlait ses
propres suppositions sur ce qui se passait dans l’inconscient
de ses patients
avec le compte-rendu ultérieur de leurs souvenirs et
comment, à la longue, il
en venait à représenter une version
épousant la sienne. Il est dès lors peu
surprenant que, tel un étudiant en première
année de médecine ou un
hypocondriaque établissant des diagnostics, Freud ait
constaté que tout ce dont
il se rappelait de ses consultations pouvait confirmer ses
théories. Cette
circularité, par laquelle la théorie
créait des faits validant automatiquement
la théorie, aurait dû être
évidente à quiconque lisait ses publications,
mais
bien peu l'ont remarqué. Seuls ses disciples, qui ont
été suffisamment fervents
pour lire les premiers articles cliniques de Freud, et les livres dans
lesquels
il a présenté son travail à un public
plus large, ont malhonnêtement suggéré
plusieurs ’’preuves
indépendantes’’ corroborant son travail.
«Les applications
de l'analyse», disait-il à ses disciples en toute
inconscience, «deviennent
toujours autant de confirmations» (citées dans
réf2, p246). Pendant la
psychanalyse, affirme Freud, « le médecin
fournit toujours à son
patient... les idées conscientes anticipées [Erwartungsvorstellungen]
grâce auxquelles il se retrouve en position
d’identifier et de saisir le
matériel inconscient ». (Standard
Edition 10:104, cité dans réf2)
Mais
il est dans la nature de la
psychanalyse que l'expérience analytique soit fortement
influencée par les
attentes subjectives du médecin qui fournit les
idées espérées. Le malheur survient
pour la personne en analyse si il (ou plus souvent, elle)
ne coopère
pas. Freud a décrit ses méthodes inquisitoriales
brutales avec une sincérité
extraordinaire: « Le travail [de la
thérapie] en vient toujours à
s’interrompre et ils maintiennent que, cette fois, rien ne
leur est venu à
l’esprit. Nous ne devons pas croire ce qu'ils disent, nous
devons toujours
assumer, et leur dire aussi qu'ils dissimulent encore quelque chose...
Nous
devons insister sur ce point, nous devons conserver la pression et nous
montrer
intraitables, pour qu'enfin on ne nous dise vraiment quelque chose...
Il y a
également des cas dans lesquels les patients tentent de
renier [le souvenir]
même après son retour. “Quelque chose
m’est revenu maintenant, mais vous le
mettez évidemment dans ma tête”... Dans
tous ces cas, je reste résolument
ferme. J’explique au patient que [ces distinctions] ne sont
seulement que les
formes de sa résistance et des prétextes
qu’elle soulève contre la reproduction
de ce souvenir particulier, que nous devons identifier en
dépit de tout ça ».
(réf5)
Il n’est pas surprenant que cette
approche
qui s’assimile au viol de l'esprit sous les formes
d’un témoignage illusoire,
ait conduit à des erreurs diagnostiques catastrophiques. Une
petite fille, dont
Freud avait traité les douleurs abdominales comme un cas
d’hystérie
«indiscutable», est morte d’un lymphome
abdominal deux mois après qu'il l'ait
affirmée guérie. Il s'est vigoureusement
défendu, prétendant avoir traité d'une
manière satisfaisante l'hystérie (qui, disait-il,
“avait utilisé la tumeur
comme cause provocante”). Tels furent les moyens par lesquels
Freud a créé le
corpus infime de ses données empiriques sur lesquelles il a
érigé —telle une
pyramide inversée— son énorme
édifice théorique. Dans son étude
novatrice,
Thornton (6) a montré comment, au temps de ses
découvertes fondamentales, Freud
s'était éloigné de la science de son
époque, à laquelle il avait
été formé. Ses
théories étaient de manière
décisive influencées par la Naturphilosophie
[allemande] —c’est particulièrement
évident dans son Esquisse d’une
psychologie scientifique réf7—,
pseudo-scientifique et obsolète, par les
folles notions numérologiques et les fantaisies mystiques de
Wilhelm Fliess
—que Freud a décrit tour à tour tel
’’un Kepler de la biologie’’ et
comme son
Messie, et de qui il a tiré l'idée de la
sexualité infantile— et par sa propre
cocaïnomanie. Il y a plusieurs raisons pour lesquelles il a
fallu si longtemps
avant de reconnaître enfin en Freud «un
scientifique du culte de l’avion-cargo»
—["a cargo
cult scientist",
pour reprendre l’expression de Feynman, réf8,
et Note*—, qui était plus proche de L. Ron Hubbard
que de Einstein. Sa maîtrise
de la rhétorique de la science pour asseoir son
’’conte de fée
scientifique’’ a
été brillamment examinée par le
critique littéraire Robert Wilcocks (réf9). Les
racines fliessiennes de la pensée freudienne ont
été longtemps supprimées par
les gardiens du tombeau contrôlant les archives
(réfs 10, 11). Le recyclage
continuel d'une poignée de prétendus cas-types a
créé l'illusion d'une base de
données clinique énorme.
Ensuite,
il y eut la réputation de Freud
l'Homme. Freud, a constaté George Steiner, était
« un narrateur doué et un
créateur de mythes » (cité
dans réf1, p7). La plus importante de ces
légendes
fut celle d’un chercheur de vérité,
désintéressé, un homme d'une
intégrité de
granit, tout à fait incapable de fraude ou même
d'aveuglement. Ce mythe n'a pas
résisté à l’examen
minutieux. La révélation par Thornton (réf6)
du premier épisode concernant la cocaïne lui porta
un coup fatal. Freud, en
quête désespérée
d’une gloire universitaire, avait prétendu avoir
trouvé le
remède contre l’assuétude à
la morphine: lui substituer la cocaïne qui,
affirmait-il, ne provoquait pas de dépendance. Il a
laissé publier son article,
alors même qu’il savait que son
cas unique, un ami proche, était devenu
un cocaïnomane désespéré.
L’habitude de prétendre ses thérapies
universellement
applicables en se fondant sur des présentations
tendancieuses de cas uniques
venait d’être établie.
Webster
(réf1) s’inspire du portrait, dressé
par Thornton
(réf6), de cet homme impitoyablement ambitieux, clinicien
brutal, insensible et
sans scrupules, tout à fait impénitent face
à ses bévues diagnostiques
épouvantables dont il était conscient,
suprême manipulateur de ses amis et
collègues, dans sa recherche continuelle de la promotion. Ce
portrait
convaincant, terrifiant et inoubliable, solidement bâti sur
des preuves
documentaires, est plutôt discordant avec celui des complices
vivants et des
hagiographies (notamment celle de l'obséquieux Ernest Jones
réf2).
La
pure extravagance des idées de Freud fut
éclipsée par sa prose merveilleuse, qui leur a
donné le vernis de la clarté, et
une impression de fatalité. La plupart des
illuminés écrivent mal. Mais ici la
chimère s’est manifestée sous un angle
inattendu: telle la vraie science, la
théorie analytique était difficile, technique,
inflexible et contraire au sens
commun. Son travail semblait, à première vue,
offrir également une libération
—de la pruderie, de l'hypocrisie et de
l’oppressante religion institutionnelle,
dont le fondateur a donné une interprétation
laïque qui la remettait à sa place
en tant qu’expression déformée des
désirs humains. Et, bien que sa vision de
l'humanité ne l’ait pas seulement
diminuée, mais également appauvrie, elle fut
richement élaborée et merveilleusement
exprimée. Freud avait une imagination
débridée (alimentée par la
cocaïne durant les années cruciales) et une
merveilleuse capacité à connecter les
extrémités les plus distantes de son
monde intellectuel —pour relier, comme l'a dit Webster,
«l'anatomie sexuelle
des oiseaux préhistoriques à
l'entêtement des enfants de 2 ans et l'évolution
organique des crocodiles à la bassesse des aristocrates
Viennois». Ainsi, notre
représentation du travail de Freud, et notre perception de
l'image de cet
homme, ont peu à peu construit l’image d'un
scientifique clinicien inébranlable
qui a vu des choses qui
échappèrent à tous les autres, et
à l’idée qu’il
eut le courage de parler des vérités
inexprimables de l'humanité.
Ensuite,
il y eut un attrait pour le mouvement qu'il avait
fondé. Selon Gellner (réf13), les
théories de Freud nous charmaient parce
qu'elles semblaient issues de la médecine clinique
objective, tout en répondant
simultanément aux aspirations persistantes en faveur d'une
ère laïque:
« Freud n'a pas découvert l'inconscient,
mais l’a doté d’un rituel et
d’une église » —
amalgamant ainsi le sarrau du psychiatre et la soutane.
Son église fut « animée par un
clergé très soigné qui promettait un
nouveau genre de salut »(réf13) et fut
incorporée dans un regroupement aux
règles strictes. Le premier mouvement psychanalytique fut
surtout une
fraternité gnostique. Comme le déclare Strachey
(cité par Malcolm réf14), les
nouvelles recrues n'avaient besoin d’aucune autre
qualification qu’une analyse
avec Freud ou l’un de ses disciples approuvés
—un procédé qui combinait le
rituel de la confession avec l’imposition des mains.
Les
gens commencent à réaliser le coût
de la thérapie verbale que Freud a forgée et
commercialisée. La critique selon
laquelle la psychanalyse coûte cher et est inefficace a
cédé la place à
l’accusation plus grave qu'elle est souvent dangereuse et
destructrice. Les
psychanalystes ont fréquemment imité leur
maître en attribuant à des causes
psychologiques des maladies sérieuses qui ont des origines
organiques, avec
souvent des conséquences fatales. Même
là où ils ne sont pas médicalement
incompétents, leurs idées bizarres rendent
souvent confus, et minent encore
plus, des individus désespérément
vulnérables.
Peu de
psychanalystes sont aussi ouvertement
psychopathes que Lacan, le disciple français le plus
éminent de Freud
(réfs 15, 16), mais plusieurs
n’hésitent pas à manipuler les
affections et la foi de leurs clients pour
recourir, encore, à leurs lucratifs remèdes de
charlatan. La capacité jadis
unique de Freud de suggérer à ses patients les
faits exacts qu'il exigeait pour
soutenir et réaliser ses théories fantaisistes,
renforcée par son aura de
sagesse, est maintenant disséminée parmi des
centaines de milliers de disciples
qui ne sont peut-être pas des psychanalystes, mais qui ont
tiré de ses théories
la croyance en l’importance centrale de certains types de
souvenirs refoulés et
à leur accès privilégié par
le thérapeute. L'étendue des
dégâts est récemment
devenue évidente aux Etats-Unis, où, selon Crews
(réf5), on a estimé que
1.000.000 de familles, depuis 1988, ont été
touchées par des accusations d’abus
sexuel inspirées par des thérapeutes qui les
auraient soi-disant découverts en
réveillant des souvenirs refoulés. Il y a des
ironies particulièrement amères
ici. Pendant ce siècle, comme l’indique Webster
(réf1), nombres de femmes ont
souffert immensément de l’orthodoxie
psychanalytique, qui interprétait les épisodes
réels d'abus sexuel comme des fantaisies
œdipiennes. Aujourd’hui, le thérapeute
omniscient arrive à persuader des individus qu'ils ont subi
un abus sexuel pour
lequel ils n'ont aucun souvenir. Le travail spéculatif
irresponsable des
thérapeutes du soi-disant souvenir résurgent
porte atteinte non seulement à
ceux qui n'ont pas été sexuellement
abusés, mais menace aussi de discréditer le
témoignage de ceux qui l’ont vraiment
été. L’annulation
arrogante du témoignage des gens ordinaires est
partagée
à la fois par le
thérapeute freudien —qui dénie le
véritable abus sexuel—, et par le
thérapeute
du souvenir refoulé qui allègue un abus sexuel
dont la victime ne se souvient
pas.
Les
fanatiques ne seront probablement pas
impressionnés par les arguments montrant que la
théorie du refoulement est à la
fois inutile et incohérente. Quand les disciples de Freud
parlent de
l'inconscient, souvent ils invoquent simplement des choses dont nous
avons
conscience, mais dont nous ne prenons pas encore conscience de
façon réfléchie.
Conformément à leurs propres théories,
ils ne doivent pas, bien sûr, fusionner
ces éléments: l'inconscient est
supposé composé
d’éléments psychiques qui ont
été activement refoulés,
plutôt que d’avoir atteint la conscience. Mais
cette
notion centrale de répression active est
incohérente. Comme l’indique Sartre
(réf18), l'inconscient doit savoir ce qui doit
être réprimé pour (activement)
le réprimer; il doit aussi savoir qu’il
s’agit de matériel honteux approprié
pour la répression. Si, cependant, il connaît ces
deux éléments, il est
difficile de comprendre comment il peut éviter
d’en être conscient. La seule
façon de résoudre l’impasse serait de
réduire la répression à une
distraction,
et cela saperait le principe freudien fondamental que la
répression est active
et ciblée, à la différence de la
simple distraction. L’importance du livre de
Webster tient non seulement dans sa revue de la littérature,
primaire et
secondaire, ni dans sa prose merveilleusement lucide et pleine
d'esprit, mais
dans la pénétration de sa
compréhension de l'homme et de son influence. Webster
est aussi un conteur brillant. Son compte-rendu des premiers jours du
mouvement
—les schismes entretenus dans l'irrationalité, et
le caractère vindicatif des
guerres confessionnelles, les amours qui s’abîment
dans les haines, la
paranoïa, l'usage impropre de jugement
‘‘clinique’’ pour
discréditer les
ennemis, l'utilisation d'insulte personnelle et la diabolisation
à outrance
pour marquer la dissension réfléchie
—fascine tout à fait. Et il ne perd jamais
de vue les thèmes fondamentaux: les fantaisies messianiques
de Freud, son rêve
perpétuel, comme il l’expose lui-même,
« d'ouvrir tous les secrets avec
une seule clef », son
insécurité profonde, sa soif intense de
reconnaissance et les fondements théologique et
biogénétique de sa pensée.
L’étude
de Richard Webster nous donne la
culture d’un siècle où Sigmund Freud
peut être situé, et un point de vue pour
le saisir. Webster montre comment, malgré sa
rhétorique biologique, Freud,
imprégné d'un ascétisme
judéo-chrétien puritain qui se
débarrasse du corps,
appartient résolument à une structure gnostique
et manichéenne. Freud « ne
sexualise pas tant le royaume de l'intellect qu’il
intellectualise le royaume
de la sexualité » — en le
réduisant à des catégories abstraites
et en
séparant ainsi l'esprit propre du corps sale, puis
élevant l'Homme au-dessus de
la Nature, en favorisant l'abstraction sur l'incarnation. Webster
suscite la
controverse avec sa « tentative tragique et
vouée à l’échec de
reconstituer
au plan intellectuel une identité des sens qui fut
crucifiée au niveau du corps
vivant et spontané » mais offre le
début d'un cadre alternatif, darwinien,
pour comprendre l'humanité. Il représente un
défi merveilleux pour ceux, y
compris moi-même, pour lesquels la pensée
néo-darwinienne échoue de manière
éclatante à rendre compte des
caractéristiques distinctives de l'humanité
(réf19)
Même quand on a démontré que la
psychanalyse
est définitivement mal conçue —comme
traitement de base, comme théorie de la
nature humaine, comme moyen de penser la société
et le monde— il demeure
difficile de se débarrasser du sentiment vague qu'elle
devait avoir un genre de
validité spéciale, ne fusse-ce que parce qu'elle
a toujours été là, en nous,
avec ses explications fourre-tout, depuis que la première
est apparue à la
conscience réfléchie. Après le livre
de Richard Webster, nous voyons que, non
seulement la psychanalyse est sans aucune valeur, mais que nous devons
aussi
nous réveiller et en sortir:
—Why
Freud was wrong
—biographie à la fois capitale au plan
intellectuel, et contribution de premier
ordre à l'histoire spirituelle de notre
époque— est libératrice.
En la fin du 20ème siècle,
Richard Webster a soulevé
l'incubateur que Freud avait placé, au commencement du
siècle précédant, sur
les esprits de tous ceux qui réfléchissent
à leur propre, et humaine, nature.
Références
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l’auteur).]
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- Tallis R. The explicit animal
London: Macmillan, 1991.
Raymond C
Tallis (FRCP) Department of Geriatric Medicine, Hope Hospital, Salford
M6 8HD, UK
C.MEYER (editeur) Livre noir de la psychanalyse Les Arénes Septembre 2005 (831 pages)
Sous-titré "Vivre,
penser et aller mieux sans FREUD", ce monumental ouvrage de 831 pages
bien tassées commence par les contributions des "Freud
scholars" anglo-saxons, démythificateurs de la statue du
maître, mais va beaucoup plus loin :
-1 La face cachée de l'histoire freudienne
-2 Pourquoi la psychanalyse a-t-elle eu un tel succès
-3 La psychanalyse et ses impasses
-4 Les victimes de la psychanalyse
- 5 Il y a une vie après Freud
Une oeuvre de salubrité publique
Une analyse du livre noir et le forum subséquent.
Le corps et l'esprit, Jean ZIN
http://perso.orange.fr/marxiens/psy/corps.htm
La drogue a posé,
de tout temps, la question du rapport du corps et de l’esprit, bien avant
les antidépresseurs actuels. La nouveauté n’est que dans
la prise en compte effective des rapports de la chimie et de l’esprit,
savoir resté longtemps ignoré du discours scientifique et
renvoyé à la sorcellerie. Plus notre connaissance du cerveau
s’affine, plus le fonctionnement des drogues devient
lisible, permettant
de mieux évaluer leur effet sur le discours, la volonté et
la représentation. Car il y a un effet de la chimie sur le discours,
de l’état du corps, de sa fièvre. Dès lors prétendre
que "tout est langage" devient un énoncé mystique, livré
à un
texte divin dont nous ne sommes que la lecture. C’est
pourtant l’
idéologie la plus sûrement ancrée
chez les psychanalystes lacaniens et ceci, depuis longtemps et malgré
les protestations de Lacan lui-même. Si cette idéologie persiste,
c’est qu’elle est le fruit de la pratique analytique elle-même où
tout, effectivement, devient signifiant puisque c’est le discours comme
tel qui est l’objet de l’attention. Mais nous devons repérer et
séparer les domaines du corps et de l’esprit dont l’unité
n’est pas d’
harmonie naturelle. Toute erreur d’attribution du symptôme
produit une
confusion du sens qui fait obstacle au discours. Que
tout symptôme, même le plus corporel, doive absolument être
nommé par le discours et qu’on doit en répondre, n’implique
nullement que la causalité de tous les symptômes soit la pensée
magique. Les pratiques les plus funestes se justifient toujours par d’excellents
principes dont la moralité sert d’excuse et de dénégation
des conséquences les plus terribles. Ainsi de cette prétention
de tout réduire au langage, à la prétendue vérité
du sujet sans tenir compte des humeurs du corps, qui mènent par
leur confusion à
normaliser en fait le discours, appel au
sacrifice et à la culpabilité, alors qu’il s’agit de normaliser
le corps et de libérer le discours. Tout n’est pas langage mais
tout énoncé oublie son énonciation et la trahie en
même temps.