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Chien écrasé

Publié le jeudi 14 décembre 2006.


Deux drames récents, par noyade, posent la question de la prise en charge de la crise, en particulier lorsqu’il y a une alcoolisation annexe :

LE DECES PROBABLE PAR NOYADE DANS LA SEINE (CORBEIL) D’UN BIPOLAIRE

"Jeudi 7 décembre à 18 heures, S., l’amie du père de Guillaume, découvre le jeune homme affalé dans son appartement. "Il avait bu et était incapable de parler, se souvient-elle. Il avait les yeux en arrière comme après une crise d’épilepsie. J’ai appelé les pompiers pour le conduire à Vivaldi (l’unité psychiatrique de l’hôpital de Corbeil-Essonnes) mais ils ont refusé de venir en disant qu’ils n’ont pas l’habitude de s’occuper des ivrognes. Le SAMU n’a pas voulu venir non plus. Alors, j’ai appelé la police."

"Selon le procureur Jean-François Pascal, les policiers ont jugé que "l’homme (...) n’était pas dans un état d’agitation propre à le mettre en danger. Ils ne l’ont pas conduit en cellule de dégrisement car ils n’étaient pas face à un cas d’ivresse pouvant troubler l’ordre public. Ils disent l’avoir emmené là [sur les berges de la Seine] pour le laisser reprendre ses esprits." (ref 1)

Les circonstances sont parrallèles avec celle de la noyade d’un ouvrier à Nantes largement médiatisée. Mais, dans le cas de Corbeil, il n’y a pas le soupçon d’un meurtre raciste et d’un complot policier. Ce n’est que la disparition d’un malade mental. Aussi les journalistes n’ont assuré, pour Corbeil, que le service minimum assuré aux "chiens écrasés". Au moins au début, tant que la similitude entre les deux affaires n’a pas été remarquée. Voici comment le drame de Nantes est raconté :

"Disparu depuis le 22 novembre, ses collègues l’ont vu pour la dernière fois, monté dans un fourgon de police. Ils ont déclaré que Taoufik était en état d’ébriété après une journée bien arrosée.

Mardi, le corps de Taoufik el-Amri, a été repêché dans le canal Saint-Félix, à Nantes. Les premiers éléments de l’autopsie indiquent qu’il est mort de noyade et qu’il ne présente aucune marque de coups. " (ref 2)

CAUSES ORGANIQUES DE SYMPTOMES PSYCHIATRIQUES

Les pathologies psychiatriques et alcooliques sont entremélées : quand le foie est fortement nécrosé (cirrhose), quelqu’en soit la cause (alcool ou pas), beaucoup de médicaments deviennent ultra-toxiques (en particulier les AD) et provoquent des troubles psychiatriques.

Le joli foie

Le fait que beaucoup de pathologies "organiques" entrainent des symptômes psychiatriques est bien connu (cf DSM-IV) mais rarement utilisé en pratique.

POUR UNE PRISE EN CHARGE DE LA CRISE

La prise en charge des personnes agitées et/ou alcooliques n’est pas ragoutante au propre et au figuré. Ni le personnel des hopitaux, ni les policiers ne voient arriver cette clientèle avec joie, car il faudra souvent nettoyer la cellule après. Beaucoup sont aussi violents et doivent être maitrisés . Aussi la tentation est grande de la prendre en charge "a minima" voire d’essayer de les "refiler" à l’HP (pour la police), à la police (pour l’HP), ou dans la nature (pour les deux). "les fonctionnaires semblent de plus en plus réticents à interpeller des gens en état d’ivresse sur la voie publique, de peur d’avoir des problèmes par la suite. Ils préfèrent parfois laisser l’individu sur place et appeler les pompiers" indique une enquête du Figaro (ref 4). Le traitement sera sommaire :

- cellule de dégrisement (police) ou cellule d’isolement (HP)

- neuroleptiques de première génération en intraveineuses pour l’HP (haldol, clopixol)pour calmer le patient.

Pour les patients atteints de troubles psychiatriques, l’alternative hopital/police revient à tomber de Charybde en Scylla. Pourtant les solutions existent et ont été expérimentés avec succés sur Paris et sur une part de la banlieue Ouest(Sud-Yvelines) en spécialisant des équipes capables d’intervenir 24h/24 et 7j/7 comme dans les CAC et ERIC.

Interventions d’accueil et de crise

La bonne prise en charge de la crise consiste aussi à la prendre à son début et non à son maximum :

Un internement ordinaire

et à être basée sur la confiance du malade et de son entourage :

Le contrat de confiance

LES PROCEDURES PREVUES EN CAS D’IVRESSE PUBLIQUE

Voila ce qu’indique un article du Figaro (ref 4) :

Soit l’individu saoul est jugé inoffensif et n’est pas embarqué. Soit le policier conclut à une « ivresse publique et manifeste » (IPM) et doit conduire la personne à l’hôpital pour la soumettre à une prise de sang et obtenir un certificat de non-admission si son état ne justifie pas sa prise en charge par l’établissement. Il la conduira ensuite au commissariat pour la placer six heures en cellule de dégrisement.

Mais voilà : « Vu l’état des services d’urgences, trouver un médecin immédiatement disponible devient une gageure et la patrouille peut rester immobilisée des heures, alors que des affaires plus graves l’attendent souvent ailleurs en ville ».

Quelle que soit l’issue de la visite à l’hôpital, la police doit consigner son intervention dans la main courante informatisée (MCI) des commissariats. Or, il faut croire que l’exercice en rebute plus d’un, car la MCI fait état, depuis le début de l’année, de seulement 113 cas d’ivresse pour l’ensemble des circonscriptions de police, en dehors de Paris...

Les statistiques pour 2004 semblent indiquer une légère baisse du nombre d’IPM (ref 5) :

"La moyenne des interpellations pour ivresse publique et manifeste (IPM) en France sur la période 2001-2004 est de 65 552. Cela représente une moyenne de 1,74 interpellations pour IPM pour 1000 habitants âgés de 20 à 70 ans. Après trois années d’augmentation, le nombre d’IPM décroît en 2004 pour atteindre 63 574.

Les ivresses publiques et manifestes sont relatives aux personnes trouvées en état d’ivresse dans les rues, chemins, places, cafés, cabarets ou autres lieux publics, conduites, par mesure de police, à leurs frais au poste le plus proche ou dans une chambre de sûreté, pour y être retenues jusqu’à ce qu’elles aient recouvré la raison (punies de l’amende prévue pour les contraventions de la 2e classe)."

Quand on connait le nombre d’alcooliques en France, il n’y a manifestiment d’IPM que lorsque qu’il y a un risque vital pour la parsonne ivre ou lorsque celui-ci devient violent pour son entourage.

Ref 1. "L’IGPN saisie pour une disparition inquiétante à Corbeil-Essonnes" LE MONDE 12.12.06 15h57 EVRY CORRESPONDANTE

Ref 2.

Ref 3. France5 Emission "C dans l’air". reportage sur l’affaire de Corbeil. 14/12/2006

Ref 4. Lefigaro.fr La police rechigne à gérer l’ébriété publique JEAN-MARC LECLERC. 15 décembre 2006 07h16

Ref 5. OFDT Interpellations pour IPM.


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