Le mardi 19 février 2008 au matin, les prévisions météo pour cette journée prévoyaient la poursuite du beau temps "Les hautes pressions auront tendance à régresser vers l’Europe Centrale, laissant s’approcher une dépression sur le proche atlantique. A l’avant le ciel se chargera par l’ouest avec quelques pluies possibles sur le nord-ouest. Sur la façade est et le nord du pays, c’est un temps agréable qui devrait persister." Au Ministére de la Santé , 20 avenue de Ségur, c’était la journée Météo et Santé.

Ce matin-là Roseline BACHELOT-NARQUIN étant ministre de la santé, Gérard MASSE étant responsable de la MNASM, Jean-Benoit NAUDET étant chef de service à l’hopital Henry Ey, Françoise BERTRAND-MICALETTI étant médecin-chef du secteur 75G19, Sylvie WIEVIORKA étant présidente du conseil d’administration de l’hopital Henry Ey, Christiane SANTOS-CONSTANT étant présidente de la Commission Médicale d’établissement (Ref 1 et 2), Philippe V. agonisait sous contention sur son lit dans la chambre d’isolement du service fermé, 13 avenue de la porte de Choisy, 75013 Paris .

Les "soins intensifs" qui lui étaient prodigués l’étaient contre sa volonté (Ref 10) et contre celle de sa famille. A 12h la famille est informée qu’il a eu un arrêt cardiaque. Le SAMU étant appelé le transporte à l’hôpital de la Pitié-Salpétriére ou ils ne peuvent que constater le décés. Le certificat de décés porte la mention mort naturelle. L’hopital de la Pitié-Salpétriere demande l’autorisation à sa famille de prélever un rein.
Après un temps d’abattement, la famille demande le dossier médical de Philippe V. et le 16 juin 2008, après avoir longuement réfléchi, dépose plainte auprès du procureur de la République sous le numéro 0817890092 contre l’hopital Henri EY. Cette plainte a été complétée par des conversations téléphoniques et une lettre du 19 aout 2008. Le procureur a annoncé la nomination d’un juge d’instruction (Ref 7)

Philippe V. étant rentré en hospitalisation libre le 4 février, sous matricule 20616, sur un lit dépendant du secteur 75G04, en se plaignant d’insomnie et d’angoisse La famille de Philippe (son frére, sa soeur, sa mére et son pére) ne comprennent pas :
- Pourquoi son traitement aux sels de lithium qui l’avait stabilisé jusqu’à janvier 2008 a été changé par la psychiatre du CMP en un traitement associant le rivotril (ref 6) et plusieurs neuroleptiques, produits auxquels il était allergique ?
Comment rentré sur deux roues (en vélo), ce qui démontre un minimum de forme physique, le 4 février 2008 à 46 ans, Philippe en est ressorti mourant (ou mort) sur un brancard le 19 février à 12h ?
Pourquoi la demande du psychiatre traitant de Henri Ey à sa mère de signer une demande d’HDT (Hospitalisation à la demande d’un tiers) le 12 février 2008. Celle-ci se reproche amérement aujourd’hui de l’avoir signé "Je me sens coupable de l’avoir abandonné à ses tortionnaires et de n’avoir pas été à ses côtés pour l’assister pendant les quelques jours qui lui restaient à vivre"
La rupture dés le lendemain de la signature de toute relation avec Philippe. "Nous n’aurons plus aucun droit de visite, plus aucune autorisation de lui parler au téléphone et plus aucune information sur son état réel. Le 19 février 2008 à 9h nous serons averti qu’il doit être transféré pour un traitement aux ECT et à 12h qu’il a eu un arrêt cardiaque" (Ref 3 et Note 2)
Pourquoi lorsque Philippe parlait « d’épreuve de survie » lorsqu’ il a
désespérément tenté de s’échapper., la seule réponse du corps médical
fut de le ligoter sur son lit pendant 48 heures ? Pourquoi Philippe "vomit ses traitements ou tente de se faire vomir les traitements, persuadé qu’il est d’être empoisonné par ces derniers" (Ref 10)
Le 8 septembre 2008, la famille de Philippe décide de transmettre à la presse les éléments du dossier.

V. philippe gerard est né le quatre novembre 1961 à 3h30, 2 place Sully à Maisons-Lafitte de sexe masculin de Alain, charles V., né à Arles(Bouches du Rhone), le six octobre 1930, ingénieur et de Jeanne Andrée Barbera, née à Nice (Alpes-Maritimes), le 18 février 1932, son épouse, sans profession, domiciliée à Paris, 17eme arrondissement

Il est décédé à Paris, treizième arrondissement, le 19 février 2008.
Une très belle journée, dans une très belle capitale dotée, disent ses responsables, du meilleur système de santé du monde. (ref 5)
Cette affaire indigne profondément tous les membres d’AITB. Au-delà de l’appui naturel à la famille de Philippe Vesco et de la participation au comité de soutien, il est indispensable que de tels faits ne se reproduisent pas avec :
La fin du cachot rebaptisé isolement thérapeutique.
Seule doit être autorisé les motifs sécuritaires, mais non le motif thérapeutique et encore moins le motif disciplinaire.
La fin des secteurs poubelles (avec la mise à la retraite d’office de leurs médecins-chefs !) et le renforcement des centre experts pour le trouble bipolaire.
Quand un secteur psychiatrique ne remplit pas son rôle, le médecin-chef doit être changé.
la nomination obligatoire d’une personne de confiance et la fin des HDT(HO) ou le psychiatre (ou l’infirmier la nuit et le week-end..) est maitre après Dieu.
Etre en HDT ne doit être une situation de non-droit.
la fin des traitements sommaires aux neuroleptiques et aux AD pour les bipolaires et que les traitements soient, enfin, conformes aux consensus internationaux.
Les thymorégulateurs doivent être, enfin (plus de 40 ans après la mise au point du traitement au lithium, la pierre angulaire du traitement.
Nous vous tiendrons, bien sûr, au courant des évolutions de la situation et nous vous invitons à adhérer au comité de soutien en écrivant à soutienphilippe@aitb-bipolaire.org.
Note1.MNASM. la MNASM Mission Nationale d’Appui pour la Santé Mentale est le repaire des dogmatiques de la sectorisation et en particulier de Gérard Massé, coordonnateur, auteur d’un très étonnant petit livre rouge Histoire Illustrée de la psychiatrie en 41 leçons et résumés, Dunod, 1987 L’idéologie psykk, de Marx à Freud
Note 2. Personne de confiance. La loi du 4 mars 2002 prévoit expressement dans ses articles 1111-2 à 1111-7 la désignation d’une personne de confiance lorsque le patient est incapable de consentir à son traitement. Aucune exception n’est prévue pour la psychiatrie.
Ref 1. Groupe public de santé Perray-Vaucluse
Ref 2. Psycom75
Ref 3. Lettre de Mme V. à l’équipe soignante d’Henri Ey le 8 septembre 2008.
Ref 4. Acte de naissance, copie intégrale V., philippe gérard.
Ref 5. Déclarations d’autosatisfaction. Elles sont innombrables, chaque responsable (mais jamais coupable ..) se croyant obligé d’y aller de son péan au meilleur système de santé du monde. A titre de choix arbitraire pour la psychiatrie :
Ref 6. Rivotril (clonazepam). Le Rivotril (dci : clonazepam) est une benzodiazepine indiquée uniquement dans le traitement de certaines formes d’épilepsie. Les études cliniques ont été faites par le Pr Henri Gastaud, doyen de la faculté de médecine de marseille, en 1972. Un hôpital spécialisé dans le traitement de l’épilepsie porte aujourd’hui son nom. La derniére notice patient éditée par l’AFSSAPS a été mise à jour le 26 novembre 2007. La commission des AMM, devant le nombre inquiétant d’usage du Rivotril en dehors de sa seule indication autorisée a demandé au laboratoire Roche de faire une mise en garde à l’attention des prescripteurs. Cette mise en garde à été faite en juin 2008. Les usages visés sont, entre autres, son utilisation comme sédatif puissant (douleur, calmer des patients agités). Il s’agit de simples habitudes en dehors de tout cadre réglementaire susceptibles en cas d’incident de sanctions civiles et pénales, en cas d’accident thérapeutique (art 221-6) ou simple mise en danger d’autrui par exposition à un risque immédiat de mort ou de blessure (art 223-1).
Ref 7. Lettre du parquet du TGI paris. Lettre du procureur du 11 septembre 2008 à Alain V., annoncant la désignation d’un juge d’instruction.
Ref 8. Etiquette d’admission Henry Ey. Le patient est jugé indépendant pour l’alimentation, la mobilité, la continence et l’habillage. Il est noté demandant une assistance partielle pour le comportement et la communication. Ces effets secondaires, dont le patient se plaint (ref 9) sont probablement dus au fluanxol prescrit depuis le 1er février 2008.
Ref 9. Lettre du 4/02/2008 du médecin-chef du secteur 75G19 à l’hopital Henry Ey pour demander l’hospitalisation.
Ref 10. Observations du docteur F. 18/02/2008
article mis à jour le 4 octobre 2008.
Bonjour,
En raison du décès de mon propre frère Philippe dans des conditions horribles dans un hôpital parisien : Henri Ey , un comité de soutien a été crée et a mis en place une pétition sur internet.
Afin de donner un sens à cette mort et d’éviter que de nouveaux drames endeuillent les familles et amis de telles victimes, je fais donc appel à vous pour signer et faire signer autour de vous cette pétition.
Cette pétition réunit à ce jour 265 signataires dont différentes associations qui sont entre autres : Le très médiatique Alain Michel CERETTI (Fondateur, président honoraire de l’association Le Lien) qui passe souvent à la télé en ce qui concerne les maladies nosocomiales.
Association AITB (Association pour l’information sur le trouble bipolaire),
André BITTON (Groupes information asiles (gia)),
Martine DUTOIT (Présidente advocacy france),
Association FRANCE-DEPRESSION (Association (loi 1901)),
Jean-alain GENERMONT (Co-auteur de vivre avec des hauts et des bas, ed. j’ai lu),
Michel ROCHET (Auteur de des hauts et des bas qui perturbent votre vie, (ed chiron)),
Merci pour votre soutien à cette pétition,
YV
A la sortie de la conférence de la CMME, le 9 décembre 2008, la pétiton de soutien à la famille de Philippe Vesco a été proposée. Cinquante exemplaires de l’article "La mort "naturelle" de Philippe Vesco ont été distribués et douze signatures à la pétition ont été receuillies.
Texte de la pétition : Les soussignés tiennent à exprimer leur soutien à la famille de Philippe Vesco, patient atteint de trouble bipolaire, décédé le 19 février 2008 à l’hôpital Henry Ey 75013, après subi plus de 48 heures de contention en chambre d’isolement, et exigent de savoir les mesures prises pour éviter le renouvellement de telles « morts naturelles ».
"Appel à la gentillesse,
N’ayez pas peur de moi. J’ai besoin de vous.
Je pense que vous savez presque tous que j’ai été anéanti par une terrible dépression nerveuse. Cet effroyable événement m’a provoqué une amnésie d’environ 18 mois : période pendant laquelle je téléphonais longuement et à n’importe quelle heure du jour ou de la nuit ; Je ne me souviens plus qui j’ai importuné et je vous demande de m’en excuser. Je comprends qu’il était difficile pour vous de comprendre mon état à cette époque car cette maladie est mal connue, tant que l’on n’est pas passé par une telle épreuve.
Le petit spot publicitaire /www.info-depression.fr/> qui passe actuellement sur la dépression est proche de la réalité. /« C‘est une maladie qui peut vous empêcher de parler, de rire, de manger, de travailler, de dormir ou de vous lever le matin, une maladie qui peut vous empêcher de vivre »./
Ma vie actuelle n’est pas bien gaie.
Avec la prise des médicaments, j’ai pris 30 kg, et de ce fait, je n’arrive plus à pratiquer mes anciens sports (escalade, marche en montagne, etc…). J’ai également moins de résistance physique, je n’arrive plus et n’ai plus l’envie de bricoler. Chez Bosch, le médecin du travail ne souhaite pas que je reprenne encore mon travail, ne voulant pas risquer de casser ce qui est reconstruit. Elle a trop peur d’une rechute comme la dernière fois.
Et il est vrai que j’ai peur en permanence de faire une rechute. Je connais cinq personnes qui ont fait des rechutes et sont donc ré-hospitalisées.
L’endroit où j’ai été hospitalisé étant sectorisé, mes principales fréquentations sont d’autres malades du quartier. Nous essayons de nous soutenir mutuellement, et nous nous rendons visite régulièrement. A ma manière, j’essaye tout de même de guérir/réparer les autres en les écoutant, les soutenant et en laissant brancher mon téléphone 24 h sur 24, pour éviter peut être une catastrophe. Bien que malades, nous ne sommes pas contagieux mais les soignants me disent aussi de me préserver.
C’est pour ça que j’ai besoin de mes amis pour m’en sortir définitivement. J’ai besoin de savoir que j’existe toujours à vos yeux.
N’ayez pas peur de moi. Je sais que cette maladie peut faire peur, tellement elle est grave et mal comprise. Mais je sais aussi que j’en sors grandi. Et surtout pardonnez-moi, pour tout ce que j’ai pu vous faire subir à cause de cette maladie, et dont je ne me souviens même plus.
Donnez moi de vos nouvelles. Ayez la gentillesse de me répondre. N’hésitez pas à m’envoyer des emails, ça fait toujours plaisir.
Et comme la période de l’ Avent a commencé, je vous souhaite très en avance, de très bonnes fêtes de Noël à toutes et à tous ainsi qu’à vos familles.
Philippe"
Il y a exactement un an mon frère Philippe avait adressé cet e-mail à ses amis ...
YV
Bonjour,
Je viens de lire votre histoire et je suis très touchée. J’ai moi-même vécu des choses atroces lors de la mort de mon père et lors de la mort de ma grand-mère A CAUSE de certaines personnes du PERSONNEL MEDICAL sans coeur !
Pour mon père après une longue période de coma (suivant 10 ans de traitement à domicile sous oxygène) l’on a finalement réussit à convaincre le chef du service de débrancher son appareil respiratoire... Puisqu’il n’y avait plus aucun espoir pour lui (il n’en était pas à son premier coma et avait déjà de graves séquelles)... Tout ce qu’on demandait c’était qu’il ne souffre pas ! Ils l’on débranché... et c’est tout... Mon père est mort dans d’atroces souffrances dans un hôpital en France sans aucun anti-douleur !
Pour ma grand-mère qui souffrait de la maladie d’Alzheimer à la fin de ses jours elle a été hospitalisée et là ils ont constaté que ses reins avaient cessés de fonctionner... elle était déjà bien malade et bien vieille, il n’y avait plus rien à faire. Dans cet hôpital il y a un service spécialisé dans les soins heur... je sais plus le nom, pour les gens qui vont mourir bientôt. Croyez vous qu’ils l’auraient transféré dans ce service ? Et bien non, ils l’ont mise dans un couloir en attendant que ma mère passe la voir... sur ce ils lui ont dit qu’une ambulance devait la ramener à la maison de retraite, point barre. Pas d’ordonnance, rien ! A la maison de retraite ils avaient bien un service pour les grands malades, mais sans ordonnance ! Du coup il a fallu appeler le médecin personnel de ma mamie qui est passé un fin de journée faire une ordonnance pour qu’au moins elle souffre le moins possible !
Quand j’ai été hospitalisée en psychiatrie, j’ai été suivie par une bonne psychiatre qui a bien réduit et adapté mon traitement... A côté de cela je voyais certains patients bien plus mals à cause de tout ce qu’ils prenaient, la pire ordonnance pour une patiente que je connaissais là-bas faisait 3 pages uniquement pour la psy ! C’est dire si elle était shootée ! Son psychiatre lui a même dit que pour certains médicaments ils prescrivait des doses supérieures à la dose létale normalement ! Et ce médecin, qui shootait la majorité de ses patients était le chef du service ! En plus il a dit des choses très perturbantes que l’on ne dit pas aux malades tant c’est méchant, à moi et à d’autre patients... Et s’il me rencontrait ou rencontrait quelqu’un qui n’était pas Son patient (moi j’étais donc suivie par une autre psy, lui était juste le chef de service pour moi) alors même si je lui disais bonjour, il passait en ignorant totalement ma présence... (mais bon le pire étant le shoot de médicaments qu’il inflige à ses patients !)
Bon courage !
PS : J’ai signé la pétition bien entendu !
Ce drame soulève différents problèmes et flous psychiatriques, notamment en ce qui concerne les mesures d’isolement et de contention qui ont malheureusement précipité Philippe Vesco à une mort avec des souffrances abominables compte tenu de la trop longue durée de sa détention et des atroces effets secondaires qu’il connaissait pertinemment ainsi que sa famille pour les avoir déjà vécu.
Le recours à la contention dite physique ou mécanique est relativement fréquent dans les services d’urgences médico-chirurgicales et les services de gériatrie. Son usage en psychiatrie est controversé. La littérature, abondante en ce qui concerne le recours aux procédures d’isolement, l’est bien moins pour la contention. Cependant, aucune information n’est actuellement disponible concernant l’éprouvé des patients avant, pendant et après la mise en chambre d’isolement.
La contention physique, même dans sa définition, se confond trop souvent avec l’isolement, ainsi celle-ci pourtant couramment choisie : « la limitation, par toute espèce de procédure mécanique, de l’autonomie des mouvements corporels ». La définition du Petit Robert paraît bien plus claire : « immobilisation des malades par divers moyens, camisole, ceinture ? », le terme d’immobilisation se rapportant à son origine orthopédique ? et au fait d’empêcher les malades de bouger.
Certains travaux classiques de la psychiatrie française la décrivent clairement comme un acte médical prescrit, réglé, dont le but est thérapeutique, l’impact relationnel, dans le cadre plus général de la prise en charge des conduites d’agitation. « Ce geste dépasse exceptionnellement une heure, dans l’attente des effets éventuels des psychotropes ou tout simplement par l’effet relationnel décrit ci-dessus, bien connu dans les anciens services de psychiatrie ». Le règlement intérieur des hôpitaux psychiatriques de 1938 cite son usage parfois nécessaire, sur prescription du chef de service uniquement. Bien plus récemment, les fiches de transparence adressées aux médecins conseillent, dans le chapitre des psychotropes : « il arrive que le neuroleptique ne puisse pas dispenser d’une contention physique, au moins pendant le délai de 20 à 60 minutes parfois nécessaire à l’action de ces médicaments dans cette indication ». [1]
La question de la cellule d’isolement est importante, et centrale pour la réflexion. Il y a deux types de justification avancées à cette pratique générale dans tous les services fermés :
- 1. La sécurité du patient et du personnel pour des malades suicidaires ou agités.
- 2. L’isolement "thérapeutique". L’environnement dépouillé doit permettre au patient de mieux se rétablir.
Il y a une troisième raison, jamais explicitée, mais très (trop) présente en pratique, c’est de maintenir la discipline jugée indispensable par le service. C’est analogue au cachot dans les prisons. Si vous n’êtes pas sage dans une cellule, il y a pire comme condition de détention. Cette discipline peut se parer de justifications : faire avaler les médicaments, faire s’alimenter un patient au moyen d’un système de punition/récompense (anorexique ou gréviste de la faim). L’enfer est pavé de bonnes intentions. Ce type de comportement, à l’extrême, pourrait aller jusqu’à la privation sensorielle et au conditionnement. Il est d’ailleurs incohérent que les psychiatres des SMPR (prisons) refusent de faire avaler les médicaments, même ne cas de nécessité, alors que les psychiatres des services fermés ne s’en privent pas. Autrement dit, en prison, les psychiatres refusent des pratiques qui pourraient facilement dégénérer quand les fonctionnaires dépendent de la Justice. Par contre, en HP ces pratiques ne peuvent pas dégénérer puisqu’ils dépendent du ministère de la santé.
Les contre-indications évoquées pour l’isolement et la contention incluent certains états très dissociés, dont l’expression comportementale violente pourrait être exacerbée par la diminution de la stimulation sensorielle ; ces mesures ne doivent par ailleurs en aucun cas remplir la fonction d’un substitut de traitement possible, d’une punition, d’une réponse à un refus de médication ou à un refus de participation aux activités ; enfin, ce type de procédures ne doit jamais être utilisé dans le but de satisfaire une équipe soignante exacerbée, ou lorsque cette expérience est considérée par le patient comme un renforcement positif de sa violence. [4 ]
La plupart des autres contre-indications décrites dans la littérature sont relatives, et touchent essentiellement des patients plus instables sur le plan organique (cardiopathie, désordre de la thermorégulation, infection gravissime…) chez qui il doit y avoir surveillance étroite des paramètres neurovégétatifs. On craint alors surtout la survenue de troubles du rythme cardiaque, d’une déshydratation ou d’une inhalation bronchique, et l’ensemble des lésions secondaires aux efforts du patient pour se dégager des contentions. [4]
Généralement, le flou persiste entre contention physique et « camisole chimique », ou encore la contention physique est une mesure supplémentaire appliquée aux patients en chambre d’isolement [2] . Aucune étude n’ose dire que la mise en chambre d’isolement nécessite l’usage d’une certaine contrainte physique rapprochée, voire une contention passagère pour la conduite en isolement [ 3]. La contention mécanique est aussi confondue avec les entraves mises aux aliénés au siècle dernier, et ainsi dépréciée.
Le cadre légal de la contention ne correspond pas forcément à l’hospitalisation sous contrainte. Le motif d’assistance à personne en danger prévaut ici, d’autant que la durée est "soit-disante" brève. Le consentement oral de l’entourage, s’il est présent, est toujours requis, et systématiquement consigné sur la feuille de surveillance.
Vingt-trois critères ont été définis par l’Agence nationale d’accréditation et d’évaluation des soins afin d’améliorer les conditions d’isolement des patients et de valider l’aspect thérapeutique de ce type de procédure. Ces critères n’ont à l’heure actuelle aucun caractère obligatoire, mais ils présentent l’avantage de pouvoir être adoptés à tout moment par les équipes qui le souhaitent. Ils peuvent par ailleurs servir de base à une règlementation de l’isolement, ce qui constituerait un réel progrès. Ils instaurent enfin un référentiel qui permet d’évaluer la qualité des mises en chambre d’isolement ainsi que leur aspect thérapeutique.
Le référentiel ANAES de mise en chambre d’isolement et ses 23 critères 1. Les données concernant l’identité, les date et heure de début et de fin de MCI sont renseignées. 2. Si le patient vient d’une autre unité de soins, dans le cadre de ce qui est appelé un prêt de chambre d’isolement, le dossier du patient et toutes les informations nécessaires sont fournies, en temps utile. 3. La MCI est réalisée sur prescription médicale, d’emblée ou secondairement. Dans ce dernier cas, la prescription doit être réalisée dans l’heure qui suit le début de l’isolement. 4. L’isolement initial et chaque renouvellement éventuel sont prescrits pour une période maximale de 24 heures. 5. Le trouble présenté par le patient correspond aux indications de MCI et il n’y a pas d’utilisation à titre non thérapeutique. 6. Les contre-indications somatiques de la MCI sont identifiées et notées. 7. Les facteurs de risque éventuels (suicide, automutilation, confusion, risques métaboliques, médicamenteux et liés à la thermorégulation) sont repérés et un programme spécifique de surveillance et de prévention est mis en place. 8. La conformité de la MCI avec la modalité d’hospitalisation est examinée lors de la prescription. 9. L’absence de tout objet dangereux est vérifiée dans la CI ainsi que sur le patient. En cas d’existence d’un objet dangereux, les mesures adaptées sont prises. 10. L’entrée et la sortie du patient sont signalées aux services de sécurité incendie en temps réel. 11. La MCI est effectuée dans des conditions de sécurité suffisantes pour le patient et l’équipe de soins. 12. Le patient reçoit les explications nécessaires sur les raisons, les buts et les modalités de mise en oeuvre de l’isolement. La nécessité d’informer l’entourage est examinée. 13. En cas de recours à la contention physique, celle-ci est réalisée avec les matériels adéquats en toute sécurité pour le patient et en tenant compte de son confort. 14. Une visite médicale est assurée dans les deux heures qui suivent le début de l’isolement. 15. Le patient bénéficie d’au moins deux visites médicales par jour. 16. Le rythme programmé de surveillance de l’état psychique est respecté. 17. Le rythme programmé de surveillance de l’état somatique est respecté. 18. La surveillance biologique prescrite est réalisée. 19. Le séjour du patient en CI est interrompu par des sorties de courte durée, durant la journée. 20. Un entretien centré sur le vécu du patient en CI est réalisé à la fin du processus. 21. L’hygiène du patient est assurée durant toute cette phase de soins. 22. L’état de propreté de la chambre est vérifié au moins deux fois par jour. 23. Les documents (feuille de surveillance, rapport d’accident...) sont intégrés au dossier du patient.
Nous pouvons aussi rajouter la nécessité d’y adjoindre l’évaluation des signes cliniques avant-coureurs, d’étudier consciencieusement le dossier médical du patient pour déterminer avant si il n’existe pas de contre-indication, d’informer et de rassurer la famille si la mesure de contention intervient au cours de l’hospitalisation et de surveiller régulièrement : l’élimination, l’état de conscience, la déshydratation, la désorientation.
(1) M.J. GUEDJ, Ph. RAYNAUD, A. BRAITMAN, D. VANDERSCHOOTENPratique de la contention dans un service d’urgences psychiatriques-L’Encéphale Vol 30, N° 1 - février 2004
(2) PALAZZOLO J, CHIGNON JM, CHABANNES JP. Utilisation de l’isolement thérapeutique et des contentions en psychiatrie. Enquête prospective. Encephale 1999 ; 15 : 477-84.
(3) PALAZZOLO J. Réflexions new-yorkaises concernant l’utilisation de l’isolement et des contentions en psychiatrie. J Nerv 1999 ; 4 : 6-7.
(4) J. Palazzolo[sup] [/sup], P. Favre[sup] [/sup], Ph. Vittini[sup] [/sup], T. Bougerol Isolement thérapeutique et contention en psychiatrie : bilan et perspectives l’Encéphale Vol 27, N° 6[b] [/b] - décembre 2001
Dans l’actualité, on trouve la condamnation de deux médecins à 3 ans de prison avec sursis et une grosse peine d’amende pour non-assistance à personne en péril. Voilà ce que rapporte la presse :
"David da Costa a été condamné à la réclusion criminelle à perpétuité pour des violences répétées ayant entraîné la mort du petit Marc, 5 ans, et la mére de l’enfant, Isabelle Gosselin, à 30 ans de réclusion pour complicité, par la cour d’assises du Nord.
Les deux médecins ont été condamnés à la peine requise par le ministére public, trois ans de prison avec sursis. L’un, le Dr Christian Tirloy devra payer en outre 60.000 euros d’amende, l’autre, le Dr Michel Vellemans, 75.000 euros.
Leurs avocats avaient reconnu l’erreur de diagnostic, mais pas le “désir volontaire de s’abstenir de porter soin”.
“Ils continuent à penser qu’ils ont fait ce qu’il fallait et ne comprennent pas le verdict”, a déclaré leur conseil Me Vincent Potié, indiquant qu’il ne savait pas encore s’ils allaient faire appel."
Quels sont les différences avec la mort de Philippe Vesco ?
1). D’abord il s’agit d’un enfant, ce qui émeut forcement beaucoup plus l’opinion que la mort d’un adulte de 46.ans, au surplus atteint d’une maladie mentale.
2) Ensuite les "soignants" de l’hopital Henry Ey sont des fonctionnaires, ce qui change la procédure et hélas en pratique, les responsabilités, malgré la condamnation en haute-cour d’un ministre pour l’affaire du sang contaminé.
Quels sont les ressemblances ?
1). Il s’agit d’une personne vulnérable qui ne pouvait pas se défendre : un enfant de 5 ans et une personne à l’isolement en contention n’ont guére de moyens.
2). Les "soignants" qui auraient du contrôler et intervenir ne sont pas intervenus
3). La bonne conscience des "soignants" est inaltérable, quel que soit le résultat.
Bonjour,
Je suis tombé par le plus grand des hasards sur votre site et témoignage. Quant on lit tous les faits que vous présentez, c’est assez incompréhensible la manière dont votre fils/frère est décédé. J’allais (et je vais) d’autant plus signer votre pétition puisque ma belle-mère est malade comme votre fils. J’ai vécu une de ses rechutes à cause d’une modification de son traitement ce qui a aussi joué sur ses reins, grosses frayeurs pour la famille et amis. Même si elle a survécu à cette rechute, elle en a des séquelles : perte de mémoire et surtout une joie de vivre qui a disparu. Et tout comme votre fils, tout le monde et ma belle-mère la première craignons la prochaine rechute. J’espère que vous arriverez à avoir un jugement en votre faveur, et avoir comme conséquence de moderniser (dans le bon sens du terme) certaines organisations et personnes du monde médical.
Ceci étant dit, je reviens (et c’est la raison pour laquelle je me permets de déposer un message au lieu de signer "anonymement" la pétition) sur le commentaire de Pahad.
Il faut faire très attention à ce que vous lisez/entendez dans les médias et surtout d’éviter les parallèles qui ressemblent plus à un grand écart qu’à un argumentaire sérieux. Je me permets d’autant plus réagir que je suis de la famille de l’un des médecins. Mais je réagis parce que je connais "l’affaire" certainement plus précisément que la plupart des personnes qui ont été choquées (à juste titre) par cette sombre histoire et non pour les défendre.
Alors de grâce, réfléchissez par vous même au lieu de copier/coller des citations sorties du contexte, évitez d’essayer de corréler des événements graves mais sans réel point commun (a part peut etre que cela implique le corps médical). Après si votre message a pour but de dire à la famille "tenez bon certains sont condamnés, vous y arriverez"...faites attention aux raccourcis, l’histoire en est jalonnée et les conséquences en sont d’autant plus graves. Cdlt.
Faits et commentaires
[quote=phildeleau"] Il faut faire très attention à ce que vous lisez/entendez dans les médias et surtout d’éviter les parallèles qui ressemblent plus à un grand écart qu’à un argumentaire sérieux. Je me permets d’autant plus réagir que je suis de la famille de l’un des médecins. Mais je réagis parce que je connais "l’affaire" certainement plus précisément que la plupart des personnes qui ont été choquées (à juste titre) par cette sombre histoire et non pour les défendre. [/quote]
L’article distingue soigneusement faits et commentaires
L’article a été rédigé en suivant scrupuleusement le dossier médical de Philippe Vesco, dont la famille a eu communication et qu’elle a rendu public, constatant qu’elle n’avait rien à cacher. Si vous êtes de "la famille de l’un des médecins" je vous invite à analyser avec lui (ou elle) la factualité de l’article. Je vous invite à nous écrire, sans pseudo, pour que nous vous envoyons la copie numérisée du dossier médical. Je rappelle, à toutes fins utiles, que le secret médical est le secret du patient (ou ici celui de ses ayant droits qui y ont renoncé) et non celui du médecin.
La partie "interprétation" a été soigneusement distinguée de la partie factuelle et isolée dans le paragraphe "la position d’AITB".
Des procédés médicaux inadmissibles..
Cette affaire est pitoyable quelle que soit l’angle sous lequel on l’envisage :
le résultat : la mort de Philippe à 46 ans.
les droits du patient (loi du 4 mars 2002), la HDT était considérée par certains psychiatres comme le droit de tout faire à l’abri de tous les regards.
la volonté de l’administration et du corps médical de camoufler ce décès sous le drapeau trop commode de la "mort naturelle". Il n’y a eu aucune enquête administrative ou judiciaire spontanée. C’est seulement sur plainte expresse de la famille que la justice s’est mise en route et une autopsie tardive ordonnée.
l’insuffisante compétence médicale des psychiatres traitants, en premier lieu sur leur formation inadaptée ( psychanalyse, attaché de psychiatrie, FFI ..). Je ne crois pas que cela soit sans lien que le service fermé d’Henry Ey ait fait l’objet d’une présentation délirante sur freud-lacan.com. Je ne crois pas non plus que cela soit sans lien que le titre de gloire du chef de service soit d’avoir fait une licence de sociologie D’une enquête sur pubmed, aucun psychiatre de ce service n’a publié..
la logique des traitements utilisés est évidente : il y a accumulation de traitements médicamenteux sans vérification de compatibilité (plusieurs neuroleptiques dont le trop célèbre clopixol, rivotril) et de mauvais traitements physiques (contention, isolement) dans le seul objectif de zombifier le malade. Pour le traitement du trouble bipolaire, on ne voit guére de ligne directrice entre les différents intervenants.
Aucun diagnostic sérieux de la nature de la crise n’a été faite. C’est seulement sur l’insistance catastrophée de la famille, qu’en désespoir de cause des ECT ont été envisagés.
Une affaire extrême, mais pas isolée.
Pour la partie généralisation, que vous nous reprochez, l’expérience d’AITB est importante sur les troubles bipolaires. Nous avons également réfléchi sur les problèmes posés, ce que ce site démontre abondamment si vous vous donnez la peine de le lire, non pas en entier, mais au moins en survol. Le cas de Philippe Vesco, s’il est extrême n’est pas un cas isolé
La presse a rapporté un décés analogue à Toulouse ayant donné lieu a dépôt de plainte.
Les psychotropes sont des médicaments, et comme tous les médicaments efficaces, doivent être donnés à bon escient. Il est anormal qu’une majorité de psychiatres en activité (sondage Nervure 2005) considére comme élément fondamental de leur pratique l’analyse du discours de leurs patients, par la psychanalyse et méprisent l’usage raisonné des psychotropes..
Ahrgg !! J’ai cru un instant mettre mal exprimé, mais à me relire, je le trouve compréhensible, bon soit je vais me justifier !
Ce que vous avez quoté de mon message Pierralot n’était pas destiné à "l’affaire" Ph. Vesco, mais au parallele qu’a fait Pahad !
Maintenant que j’y suis mon pseudo est rattaché a mon adresse mail, suffit de cliquer dessus. Suite a mon message j’ai contacté Pahad pour que, s’il le désire, l’on puisse s’expliquer (non pas sur le cas de Ph. Vesco, mais sur l’affaire choisie pour le parallele)- ayant vu que Pahad géré ce site et n’etait donc pas un internaute Lambda
En esperant etre un peu plus clair, malgré l’heure
Merci Bipote pour cette réflexion très intéressante sur des pratiques douteuses qui ne semblent pas inquiéter beaucoup de monde au pays des Droits de l’ Homme !
YV